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Vue hybride

  1. #1
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    Bien avant la TNT... Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60

    AVANT-PROPOS

    Bonjour et bienvenue,

    Les messages qui suivent concernant les débuts de la télévision à Paris, Lille, Strasbourg et Lyon, ont été initialement postés dans le "Forum Satellite", sujet "Photos d'antennes drôles, hors norme..." créé et animé par notre sympathique Cricri.

    Néanmoins, ces antennes d'émission, même si elles sont "hors norme", relèvent plus de la TNT (qu'elles diffusent presque toutes désormais, sauf celles qui n'émettent plus, telles Lille-Beffroi ou Strasbourg-Lauth).

    Aussi, pour lire en continu cette saga du "Tour de France des antennes d'émission des années 50-60", il m'a paru
    utile, sur la suggestion de quelques uns, de lui consacrer un sujet spécifique dans le présent "Forum TNT".

    Le "Tour de France des débuts de la télévision" suit l'ordre chronologique d'ouverture des émetteurs principaux par la RTF pour son réseau 819 lignes, de 1949 à 1961. Il est illustré par des photographies, des articles de presse, des documents techniques et même des copies vidéo de reportages contemporains (inaugurations d'émetteurs, de stations régionales, événements télévisés...).

    Dans certains cas
    nous serons amenés, d'une part à montrer l'évolution, depuis cette époque, de ces émetteurs dans les décennies qui ont suivi (arrivée de la Deuxième Chaîne et de la couleur, etc) mais aussi, pour garder une certaine cohérence, nous pourrons être amenés à présenter simultanément des émetteurs VHF associés ou émetteurs intercalaires UHF mis en service plus tard dans une même région.

    Voici donc, sous réserve de modifications pendant ce parcours (une étape supplémentaire étant notamment prévue pour l'Algérie, équipée en 819 lignes par la RTF dès 1956), la carte de ce "
    Tour de France" dont chaque étape correspond à la date de mise en service de l'émetteur régional principal :




    Cliquer sur la carte ci-dessus ou ici pour l'afficher en grande taille, bien plus lisible

    Document RTF
    . Source : "La sociologie politique et la télévision"
    par Serge Antoine et Jean Oulif
    in Revue française de science politique (1962)
    téléchargeable en PDF ici ou à défaut ici (taille 3 Mo)
    © Collections Persée.fr

    Dernière modification par Colorix ; 17/04/2017 à 12h42.
    Colorix
    Louis Marie Foratier

  2. #2
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    Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : Paris Tour Eiffel

    A tout seigneur tout honneur, commençons avec le plus ancien émetteur TV français: la Tour Eiffel qui reçoit ses premières antennes en 1935 pour des émissions d'essai en 60 puis 180 lignes à analyse mécanique, avant de passer en 1937 au 455 lignes tout électronique jusqu'au sabotage des installations avant l'entrée des Allemands dans Paris en 1940.

    En 1943-1944 ceux-ci installent un émetteur au standard 441 lignes allemand. La France bénéficie alors d'un superbe centre de télévision rue Cognacq-Jay qui servira jusqu'aux années 80 pour les trois chaînes nationales de télévision, son concepteur visionnaire, Kurz Hinzmann, ayant refusé de le saboter. En reconnaissance la France lui attribuera une pension de fonctionnaire de la RTF.

    Les émissions 441 lignes sont doublées à partir de 1949 par un autre émetteur fonctionnant totalement indépendamment en 819 lignes, haute définition retenue pour le futur réseau national. Il n'existe à l'époque aucune passerelle d'un lignage à un autre : la RTF doit faire cohabiter pour une même émission en studio, régie et caméras de chaque définition, ce qui ne va pas sans certains heurts, les équipes 819 se jugeant prioritaires sur celles de la basse définition dont l'arrêt est programmé pour 1958.

    Les téléspectateurs 441 lignes s'estiment lésés, n'ayant droit qu'à des émissions en studio et des films des années 30 alors que ceux en 819 lignes bénéficient du car de reportage pour des grands directs extérieurs (football, arrivée du Tour de France, Messe de Minuit...). En juillet 1952 en prévision du Couronnement, la BBC (qui émet en 405 lignes) et la RTF mettent au point un "convertisseur de définition", en fait une caméra 819 braquée sur l'écran à revêtement spécial anti-moirage d'un moniteur 405 lignes également modifié pour limiter l'effet de "lignage".

    Grâce à ce procédé les téléspectateurs du continent pourront ainsi voir un an plus tard en direct, converties de 405 en 819 et 441 lignes à Paris, et de 405 en 625 lignes à Breda pour les Pays-Bas et l'Allemagne de l'Ouest, le Couronnement en direct d'Elizabeth II le 2 juin 1953.

    Un tel convertisseur est aussitôt installé à demeure pour l'émetteur 441 lignes parisien, qui devient un simple relais du 819 lignes mais donne désormais satisfaction à tout le monde. Le voici, installé dans les locaux de la RTF rue Cognacq-Jay en 1954 :


    Document © Science et Vie

    Sur la gauche, on y voit les baies de contrôle de cet équipement qui comprend, au fond de la salle, le moniteur 819 lignes à tube à rémanence spéciale permettant à la caméra 441 lignes de ne pas reprendre le spot trop "en direct", ce qui lui aurait fait perdre le bénéfice de l'image complète en se retrouvant uniquement avec le "flying spot". D'un autre côté, la rémanence ne devait pas être trop longue pour éviter un effet de traînage des mouvements à l'écran.

    Sur la droite, la caméra 441 lignes dont le tube de prise de vue (vraisemblablement un orthicon) avait son système optique légèrement modifié pour éviter les effets de moirage à l'écran.

    Apparemment cette conversion optique se faisait mieux en lumière ambiante que dans l'obscurité.

    La station 441 lignes émet en bande I (vidéo 42 MHz, audio 46 MHz) en polarisation verticale, mieux adaptée aux courbures du relief et donnant un peu plus de portée à l'émetteur. La RTF connaît d'ailleurs ses téléspectateurs les plus éloignés : en Normandie, à Auxerre, mais aussi à... Vichy. Des vendeurs de téléviseurs garantissent même une réception stable sans un rayon de 150 km autour de l'émetteur parisien !

    Pour le capter il faut de très grandes antennes en "I" (simple dipôle) ou en "H" (dipôle + réflecteur), très voisines de celles utilisées pour lar BBC à Londres (41,50 - 45 MHz), comme on peut le voir dans la partie gauche de l'illustration ci-dessous :




    Dans la nuit du 2 au 3 janvier 1956, après une journée et une longue soirée d'élections législatives en direct, l'émetteur 441 lignes s'embrase au sommet de la Tour :


    Document © Ouest-France

    Il devait s'arrêter 2 ans plus tard, aussi la RTF renonce à faire de coûteuses réparations pour un délai aussi court. On préfère indemniser les quelques centaines restantes de téléspectateurs concernés en leur attribuant diverses facilités pour remplacer leur poste devenu inutile, et les derniers "I" et "H" sont rapidement remplacés sur les toits parisiens par ces petites antennes 3 éléments au "trombone" caractéristique captant le 819 lignes en bande III que l'ont peut voir dans la partie droite de la photo ci-dessus. La polarisation horizontale est censée réduire les échos en milieu fortement urbanisé. C'est pourquoi les Etats-Unis et le Canada n'émettent qu'avec cette polarisation.

    Toutefois la bande I n'est pas abandonnée : cette même année 1956 voit la mise en service de l'émetteur 819 lignes de Caen Mt-Pinçon sur le canal 2 en polarisation horizontale, tandis qu'à l'Est une éphémère station "Télé-Saar" profite du statut encore incertain de la Sarre pour émettre en français sur ce même canal 2 depuis le bâtiment émetteur d'Europe 1. Au Sud, TMC fera aussi des essais sur le canal 2 en polarisation horizontale pour tenter d'agrandir un peu sa zone de diffusion, la portée en bande I étant supposée supérieure à celle de la bande III. La chaîne monégasque finira par abandonner, ses émissions créant des interférences avec l'Italie.

    A la Tour Eiffel, le 441 lignes utilise deux jeux d'antennes séparés : pour le son (de simples câbles tendus verticalement) et, pour l'image, des bandes métalliques également tendues verticalement plus bas, autour de la plateforme. Bien sûr ces antennes n'avaient aucun gain, ce qui justifiait la grande puissance de l'émetteur : 30 kW, donnant en 1939 à la Tour le statut d'émetteur TV le plus puissant du monde :


    Détail des antennes au sommet de la Tour Eiffel en 1949




    De haut en bas : l'antenne 'tourniquet" 819 lignes (audio + vidéo),
    les antennes audio puis les antennes vidéo du 441 lignes

    Document © INA


    Gros plan sur les antennes vidéo du 441 lignes
    Document © INA

    Le très intéressant film muet ci-dessous a été tourné le... 1er janvier 1956, deux jours avant l'incendie de l'émetteur ! C'est dire son caractère historique très particulier.

    On y voit d'abord les antennes 441 et 819 lignes et les relais hertziens mobiles sur la 3ème plateforme de la Tour, puis la préparation de l'émission de 13h en direct "Télé-Paris" de Roger Féral et Jacques Chabannes qui recevaient des personnalités du tout Paris. On reconnaîtra ici les comédiens Michel Simon, Françoise Rosay, Robert Manuel, Jacques Morel, Jeanne Sourza, Micheline Dax et Roger Pierre. Noter le "carton" de l'émission fixé devant l'objectif d'une caméra et le fonctionnement de celles-ci et de la régie :


    Document © INA
    Pour le télécharger: clic droit sur ce lien, choix "Enregistrer la cible..." (taille 24 Mo).
    Si le débit de votre connexion le permet, une version en HD 720p avec la luminosité
    améliorée est disponible ici (également téléchargeable par clic droit - Taille 220 Mo)


    Retrouvés dans sa précieuse collection de documents historiques, ces articles de la revue "Antennes" n° 31 et n° 60 de TDF transmis par kiki37. Le premier évoque les conditions particulières et les contraintes de diffusion liées à la Tour. Les suivants décrivent les équipements et la maintenance dans les années 80 :


    Document © TDF
    Collection kiki37




    Document © TDF
    Collection kiki37




    Document © TDF
    Collection kiki37
    Dernière modification par Colorix ; 22/01/2018 à 22h27.
    Colorix
    Louis Marie Foratier

  3. #3
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    Retour au début, post n°2 de Colorix, avec quelques compléments

    Citation Envoyé par Colorix Voir le message
    Les émissions à 441 lignes seront doublées à partir de 1949, par un autre émetteur, fonctionnant totalement indépendamment en 819 lignes, haute définition retenue pour le futur réseau national.
    Le standard français de télévision a été fixé par l'arrêté ministériel du 5 avril 1949. Cet arrêté prévoyait le maintien en service de l'ancien émetteur parisien à 441 lignes jusqu'au 1er janvier 1958. On sait que ledit émetteur a été mis à la retraite bien avant. Quelques modifications mineures ont été apportées à cet arrêté. L'une porte sur l'emploi de la bande 1 de la télévision, ou bande basse. Uneautre fixe à 13,15 MHz la largeur du canal.
    Par ailleurs, les autorités responsables ont. établi en juin 1952 un plan international, ratifié par la France, et dit Plan de Stockholm, sur la base duquel a été jetée la première ébauche de répartition des émetteurs sur le territoire national. L'expérience a vite montré que des aménagements devaient être apportés au plan initialement conçu, et il en est résulté en 1956 un nouveau plan d'implantation des émetteurs.

    Voici le texte officiel,
    en téléchargement à cette adresse: https://mon-partage.fr/f/2i47s6MU/

    Les téléspectateurs 441 lignes s'estiment d'ailleurs lésés, ils n'ont droit qu'à des émissions en studios et des films des années 30, alors que ceux en 819 lignes bénéficient du car de reportages pour des grands directs extérieurs (football, arrivée du Tour de France, Messe de Minuit...)
    ci-dessous un car de reportage 819 lignes





    " ... et à vous Cognacq-Jay ! "

    En 1943-1944, les allemands mettront en service un émetteur au standard allemand à 441 lignes. La France bénéficie alors d'un superbe centre de télévision rue Cognacq-Jay, qui servira jusqu'aux années 80 pour les trois chaînes nationales de télévision, son concepteur visionnaire, Kurz Hinzmann, ayant refusé de le saboter. La France, en reconnaissance, lui attribuera une pension de fonctionnaire de la RTF.
    Ce studio de la rue Cognacq-Jay a été constitué par les vastes locaux de l’ancien théâtre-dancing « Magic City » du 188 rue de l’Université, de l’ancienne « Pension de famille de l’Alma » au 13-15 rue Cognacq-Jay et d’un garage qui les séparait. L’avantage de ce lieux était la proximité de la Tour Eiffel, résolvant ainsi les problèmes de liaison avec l’émetteur.

    ci- dessous: La régie finale du studio en 1960:


    Dernière modification par kiki37 ; 01/02/2018 à 20h42.

  4. #4
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    Antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : Lille Beffroi et Bouvigny

    C'est à Lille, premier émetteur régional mis en service le 25 avril 1950, que nous allons consacrer la première étape de ce Tour de France dans les régions.

    En attendant la construction, quelques années plus tard, d'un centre doté d'un mât d'émission de grande hauteur, c'est d'abord depuis l'Hôtel de Ville de Lille que la télévision a fait ses premiers pas dans le Nord de la France.



    Copie d'un article de 1950 affichée dans le Beffroi de Lille.
    Les deux cercles du plan correspondent aux prévisions de couverture de réception,
    le plus petit étant la zone prévue en 1950. En réalité, l'émetteur sera reçu beaucoup
    plus loin en France comme en Belgique, en particulier après 1956.


    Télé-Lille a d'abord émis en autonome, puis à partir de juillet 1951, en relais de Paris, depuis le Beffroi de l'Hôtel de Ville de Lille (voir ici et ici dans le fil de discussion de notre ami Cricri)

    A l'époque celui-ci n'est pas vieux, il a été conçu par l'architecte Emile Dubuisson et inauguré en 1932, moins de 20 ans plus tôt :


    Document © Delcampe.net


    Particulièrement visible au sommet, la parabole captant le relais de Paris :


    Document © Delcampe.net


    Document © Delcampe.net

    Haut d'un peu plus de 100 mètres (hauteur de certains émetteurs "classiques" en treillis métallique quelques années plus tard dans d'autres régions), il est reçu dans une bonne partie des départements du Nord et du Pas-de-Calais, et dans les régions frontalières de la Belgique toute proche grâce à des panneaux d'émission en bande III disposés sur la flèche au sommet. Le canal d'émission (8A) et la polarisation (horizontale) sont les mêmes qu'à la Tour Eiffel, dont la zone d'émission n'atteint pas directement celle du Beffroi. Il y a donc un risque réduit d'interférences, même en extrémité des deux zones de réception.



    En 1956, afin d'améliorer la réception dans les zones les plus éloignées des deux départements concernés, la RTF décide d'installer au sommet du beffroi un petit pylône sur lequel sont posés de nombreux panneaux d'antennes de grande puissance.





    Document © Delcampe.net


    Document © Delcampe.net

    L'esthétique du beffroi en souffre, mais le nouvel équipement apporte des surprises non négligeables : Télé-Lille est capté jusqu'à Gand et Bruges en Flandre, à Bruxelles mais on rapporte aussi des cas de réception jusque sur les hauteurs de Namur ou même Liège.
    La TV belge étant à peine naissante, la RTF bénéficie d'une audience belge fidèle et très importante : "Rysel" (Lille en flamand) propose même une émission en flamand le samedi après le programme de Paris.
    Dernière modification par Colorix ; 07/02/2017 à 02h37.

  5. #5
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    Télé-Lille : les débuts au Beffroi

    L'inauguration officielle de cette toute première station de télévision régionale remonte donc à 1950 : le ministre de l'Information de l'époque, Pierre-Henry Teitgen, était accompagné de toute la cohorte de "notables" de l'époque (vous remarquerez sur la première vidéo ci-dessous, les superbes moustaches d'un vieux monsieur et les chapeaux des dames).

    L'émetteur et les antennes provisoires étaient, nous l'avons vu, installés au sommet du Beffroi de l'Hôtel de Ville. Ces antennes avaient peu de rayonnement, mais permettaient quand même une réception correcte dans un rayon de 50 à 70 km alentours. Par la suite, un petit pylône sera installé tout au sommet du Beffroi pour accueillir des panneaux rayonnants à grande puissance permettant la réception dans une grande partie de la Belgique (jusqu'à Bruges, Gand et même Bruxelles).

    Dès le départ, c'est le même canal que celui de la Tour Eiffel qui avait été retenu, tout simplement parce que les premiers récepteurs 819 lignes, comme leurs aînés en 441 lignes, n'étaient pas encore équipés d'un "rotacteur" (sélecteurs de canaux), et les constructeurs et vendeurs de postes proposaient les mêmes appareils à Lille et à Paris.

    Quelques étages plus bas dans le Beffroi, tout le monde cohabitait tant bien que mal : petit studio et son personnel (cameraman, speakerine, journalistes, M. Météo, chansonniers et invités...), personnel de la régie (réalisateur, illustrateur sonore, etc) mais aussi de la baie de contrôle (techniciens audio et vidéo). Imaginez l'inconfort pour faire tenir tout ce petit monde !


    Le minuscule studio et son unique caméra
    accueillaient même la messe le dimanche dans le beffroi...

    Document © INA



    ... et le mobilier était le moins encombrant possible.
    Document © INA

    Le télécinéma était unique. Quand il fallait changer la bobine d'un film ou d'une émission "kinescopée" (enregistrée sur film) venant de Paris par le train (le faisceau hertzien ne sera établi qu'un an après), on improvisait un sketch ou une chanson pour faire attendre les téléspectateurs. La messe était dite sur un petit autel rangé dans un coin ensuite pour laisser la place à des chansonniers, etc. La mire elle-même était une photo sur un chevalet mobile devant l'unique caméra en service (on les voit dans le reportage). Le samedi soir, la station ira même jusqu'à proposer une émission en flamand pour les Belges qui n'auront leur propre télévision qu'en 1953, lors du Couronnement d'Elizabeth II.

    Bref, la Préhistoire de la télévision régionale, qui si vous avez l'occasion de visiter votre station régionale France 3 lors des Journées du Patrimoine, vous laissera rêveur sur l'incroyable évolution de la technique depuis 60 ans ! (à Nantes, devant le nombre incroyable de moniteurs, de baies de commandes etc, le tout dans une ambiance feutrée dans une semi-pénombre, j'avais l'impression d'être à bord d'un sous-marin nucléaire !)


    1) L'inauguration de Télé-Lille le 27 avril 1950 :



    Document © INA
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    2) La préparation du JT régional du 29 juin 1951 :
    (Noter la grande jeunesse de Jean Ruelle, le caméraman tout de blanc vêtu)


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    3) La pose des antennes de grande puissance en janvier 1956

    Pour améliorer la réception dans l'ouest des départements du Nord et du Pas-de-Calais, mais aussi en Belgique, les anciennes antennes sont remplacées par des panneaux rayonnants de grande puissance installés sur un petit pylône érigé au sommet du Beffroi :


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    4) Mai 1960 : la télévision quitte le Beffroi pour Bouvigny


    Le grand centre émetteur de Bouvigny remplace désormais le Beffroi, mais aussi le petit relais local du château d'eau d'Amiens-Coisy, grâce à deux gros émetteurs de 20 kW de puissance crête-image, l'un dirigé vers le Nord (canal 8A-H), l'autre vers le Sud (canal 11-V) pour arroser la Picardie. Un hélicoptère sert à démonter les antennes devenues inutiles au sommet du Beffroi après 10 ans de bons et loyaux services :


    Document © INA
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    Entre temps, la station de télévision avait déménagé en 1957 auprès de la radio régionale, dans les locaux de la R.T.F. boulevard de la Liberté :




    Elle y bénéficiait désormais d'installations spacieuses permettant l'utilisation de plusieurs caméras :


    La photo ci-dessus fait partie de la très intéressante page du blog lelensoisnormand.unblog.fr consacrée au "Magazine du Mineur" diffusé par Télé-Lille : n'hésitez pas à aller la visiter ici ainsi que les autres chapitres de ce site consacré à cette belle région du Nord.

    D'autres commentaires et photos sont également accessibles sur ces pages de l'intéressant forum TNT62 Nord-Pas de Calais à l'appui de ces mêmes vidéos que je leur ai fait partager :

    1) http://tnt62.xooit.fr/t6703-Inaugura...avril-1950.htm
    (l'inauguration du 27 avril 1950)

    2) http://tnt62.xooit.fr/t6784-Tele-Lil...-juin-1951.htm
    (les préparatifs du JT du 29 juin 1951)

    3) http://tnt62.xooit.fr/t8167-T-l-Lill...-puissance.htm
    (la pose d'antennes de grande puissance en 1956)

    4) http://tnt62.xooit.fr/t8168-T-l-Lill...r-Bouvigny.htm
    (la TV quitte le Beffroi pour Bouvigny en 1960)

    Vous y trouverez d'utiles informations et commentaires de membres de ce forum qui ont connu l'époque héroïque de "Télé-Lille" , mais aussi de la Télévision Belge durant leur enfance.
    Dernière modification par Colorix ; 22/01/2018 à 22h36.
    Colorix
    Louis Marie Foratier

  6. #6
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    Le cas particulier de la Picardie

    En 1956 le Nord et le Pas-de-Calais sont donc en grande partie à la portée du Beffroi de Lille.

    En Picardie toutefois, le sud de la région capte Paris et le Nord reçoit Lille, mais Amiens et ses environs se plaignent d'être laissés de côté, seul un petit relais provisoire de 50 watts, installé sur le tout nouveau château d'eau de Coisy en juillet 1958, est reçu dans l'agglomération d'Amiens :


    Cliquer sur l'image ou sur le lien ci-dessous
    pour ouvrir la page
    Google Street View
    Le château d'eau de Coisy, construit en 1958 et aussitôt
    utilisé par la RTF jusqu'à la mise en service de l'émetteur
    de Bouvigny sur le même canal F11-V en décembre 1959.
    Modernisé, il est maintenant utilisé pour la téléphonie
    mobile avec un
    pylônet et surnommé "La Tour Bleue".
    Capture d'écran © Google Street View


    La RTF ne parvient pas à retenir un emplacement satisfaisant pour couvrir la Somme et l'Aisne, tandis que le site de Bouvigny-Boyeffles est choisi pour remplacer le beffroi de Lille.


    Document © Delcampe.fr et Modern Photo Sains (1960)



    Avec en cadeau une colorisation "maison" de la photo ci-dessus :



    Finalement, c'est ce même site inauguré en novembre 1959 qui hébergera, fait unique à la RTF, deux émetteurs 819 lignes bande III avec deux polarisations différentes : le canal 8A émettant en horizontal vers le Nord-Pas de Calais, et le canal 11 émettant en vertical vers la Somme et l'Aisne.
    (NB : jusqu'en 1956, la Tour Eiffel avait eu elle aussi deux émetteurs avec deux polarisations différentes, mais avec deux standards différents et sur deux bandes différentes : en 441 lignes en bande I à polarisation verticale, et en 819 lignes en bande III en polarisation horizontale) :



    Cliquer sur l'image ou
    ici pour afficher la carte en plus grande taille

    Document © Revue technique Le Haut-Parleur - 1961

    Quelques années plus tard, en 1964, Bouvigny sera le premier grand centre émetteur de province (une fois de plus !) à bénéficier de l'arrivée de la Deuxième chaîne de l'ORTF (Lyon l'ayant eu en même temps que Paris, mais seulement sur sa mini-Tour Eiffel de Fourvière, reçue seulement dans la ville et sa banlieue). Peut-être plusieurs facteurs ont-ils contribué à lui donner cette préférence : sa proximité de la Belgique déjà utilisatrice du 625 lignes flamand (en VHF certes, mais à polarité d'image positive et à porteuse audio en AM comme le 625 lignes français, et non pas en polarité négative et son FM), pour lequel de nombreux téléviseurs"ch'tis" multistandards étaient déjà en mesure de capter la nouvelle chaîne par simple adjonction d'un tuner et d'une antenne UHF. Mais, peut-être aussi, les compétences particulières du personnel technique lillois qui s'était illustré en juin 1953 en assurant le centre nodal et de répartition, avec conversion des images anglaises à 405 lignes du Couronnement, en images à 819 lignes vers Paris, et en 625 lignes vers la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne et le Danemark... une prouesse technique à l'époque.

    Haut de ses 300 mètres, Bouvigny fut donc le premier grand pylône français à être surmonté d'un cylindre d'une vingtaine de mètres contenant les antennes UHF diffusant la "Deux" sur une zone de réception moins grande qu'en VHF :


    Document © Télé 7 Jours 1964
    Dernière modification par Colorix ; 15/04/2017 à 01h34.
    Colorix
    Louis Marie Foratier

  7. #7
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    (Pour afficher la carte entière et lire toute la légende en rouge en haut à droite, faire un clic droit dans l'image et choisir "Afficher l'image")
    LES LIAISONS HERTZIENNES

    le réseau comporte une quarantaine d'émetteurs principaux et une centaine d'émetteurs secondaires, dont les plus isolés ne sont distants de leur voisin que d'environ deux cents kilomètres.
    Ces émetteurs ne sont pas autonomes et, pour diffuser tous et simultanément le même programme, ils sont reliés les uns aux autres par une chaîne de relais.
    Ce sont ces relais que l'on voit, isolés, sur les hauteurs, isolement tout relatif car ils sont en vision directe avec celui qui les précède et celui qui les suit, communicant entre eux sur des fréquences très élevées (environ 4 GHz) par faisceau hertzien, à quelque cinquante, quatre-vingts kilomètres de distance. Ils captent le signal au foyer de leur parabole, puis ils le retransmettent pour lui faire franchir un nouveau bond.
    La liaison n'est pas à sens unique, elle permet non seulement de diffuser une information du centre vers la périphérie mais aussi de faire remonter vers le centre une information émanant d'un point quelconque du réseau. Complétée par des relais mobiles, cette double voie offre ainsi la possibilité d'injecter dans ce réseau, et par conséquent de diffuser vers tous les points du territoire, une image émanant de l'un quelconque d'entre eux.
    Il suffit de pouvoir mettre en liaison deux relais frontière appartenant à deux pays différents pour communiquer avec les autres réseaux: diffuser un programme ,vers l'extérieur, recevoir un programme venant de l'extérieur. C'est ce qu'on appelle: l'EUROVISION


    carte des liaisons hertziennes en1964



    et ci-dessous, tours de relais hertziens:
    à gauche: le centre d'émission des Buttes Chaumont à Paris. Les paraboles sont le point de départ des faisceaux hertziens vers les différentes branches du réseau. Au sommet, antenne d'émission bande IV (12 panneaux à fente enfermés dans leur capotage) pour, à l'époque, les émissions expérimentales de la 2ème chaine (photo de 1964)
    (extrait du livre de P.Duru "l'envers du petit écran" Ed. Gauthiers-Villars)
    à droite, la station terminale de Meudon



    panneaux à fente enfermés dans leur capotage
    antenne d'émission en bande IV composée de 32 panneaux à fente (4 faces, 8 panneaux par face)


    Tous les détails sur les panneaux à fente ici:
    http://forum.telesatellite.com/showt...-60/page22#220
    Dernière modification par kiki37 ; 01/02/2018 à 20h46.

  8. #8
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    ...et revenons à nos moutons...

    Le post n°5 de Colorix présentait le réseau RTF à la fin des années 1960.
    Le voici en 1955



    Citation Envoyé par kiki37 Voir le message
    LES LIAISONS HERTZIENNES

    Il suffit de pouvoir mettre en liaison deux relais frontière appartenant à deux pays différents pour communiquer avec les autres réseaux: diffuser un programme ,vers l'extérieur, recevoir un programme venant de l'extérieur. C'est ce qu'on appelle: l'EUROVISION
    Les liaisons de l'EUROVISION crée en 1954 d'une semaine franco-britannique sur l'initiative de Jean d'Arcy. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_d%...C3%A9vision%29



    Dernière modification par kiki37 ; 04/02/2018 à 19h45.

  9. #9
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    Citation Envoyé par kiki37 Voir le message
    Le post n°5 de Colorix présentait le réseau RTF à la fin des années 1960.
    Le voici en 1955...
    Carte très intéressante, merci Kiki !

    Pour plus de lisibilité des zones RTF en service, j'ai "forcé" sur la saturation des couleurs.
    Vous remarquerez sur cette carte la présence de Télé-Luxembourg, née début janvier 1955, mais la zone de réception de TMC, née quelques mois plus tôt (12 novembre 1954... soit il y aura exactement 60 ans cette année) est à peine visible, représentée de façon très inférieure à la réalité.


    A noter que tous les émetteurs situés au Sud de la ligne Rennes-Dijon (ces deux villes incluses) sauf Bourges, ont subi de très nombreux retards, jusqu'à cinq ans par rapport aux dates prévues, à cause des blocages de crédits par le Ministère des Finances, peu soucieux de l'importance de la télévision sur le comportement des électeurs.
    De Gaulle en sera bien plus conscient quelques années plus tard : il mettra en service, en moins de 18 mois et pour contrer la presse régionale qui lui était hostile, 24 journaux télévisés régionaux en prévision des élections présidentielles de 1965...

    Citation Envoyé par kiki37 Voir le message
    Les liaisons de l'EUROVISION crée en 1954 d'une semaine franco-britannique sur l'initiative de Jean d'Arcy. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_d%...C3%A9vision%29
    En réalité, la Semaine Franco-Britannique initiée par Jean d'Arcy et Sir Ian Jacob, Directeur Général de la BBC, eut lieu en juillet 1952 afin de mettre au point la future retransmission du Couronnement d'Elizabeth II le 2 juin 1953.

    Toutefois, la "Semaine" fut diffusée dans le sens inverse du Couronnement : de Paris vers Londres, avec un dispositif totalement inverse de celui prévu pour 1953. Le but était à la fois de d'assurer de la fiabilité des liaisons hertziennes, mais aussi (et surtout) de trouver une solution pour convertir les différentes définitions alors en service.

    Voici la carte publiée sur la très intéressante page web de Bruno Merlier (cliquer ici) consacrée à cette "Semaine" (avec toutefois une petite erreur : la photo de la speakerine représente Catherine Langeais et non pas Jacqueline Joubert) :


    Détail très intéressant sur cette carte : la liaison Londres-Birmingham-Manchester-Holme Moss par câble coaxial (et non pas par faisceau hertzien) sur une distance de... 372 km (soit à peu près Paris-Nantes ou Paris-Vesoul), ceci grâce à la faible bande passante nécessaire pour le 405 lignes britannique (3 MHz env.). C'était totalement impossible pour le 819 lignes français et ses 11 MHz de largeur de bande vidéo.

    Encore plus intéressante (mais en anglais, ce sera surtout Murray qui va en profiter !), cette image publiée par le site américain earlytelevision.org au sujet de cette "Semaine" historique (cliquer ici). On y voit clairement tout le dispositif (y compris le convertisseur 819-441 lignes parisien et les liaisons 900 MHz) prévu pour l'opération :



    Amitiés,
    Dernière modification par Colorix ; 09/02/2018 à 03h42.
    Colorix
    Louis Marie Foratier

  10. #10
    Membre Avatar de Colorix
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    Bouvigny-Boyeffles, surmonté de sa nouvelle antenne UHF en 1964 :


    Document © Delcampe.fr

    L'émetteur de Bouvigny sera complété, pour ses émissions en UHF, par des émetteurs "intercalaires" comme celui-ci, sur le Mont des Cats près de Dunkerque...


    Document © Delcampe.fr

    ... et au Mont-Lambert, près de Boulogne (qui complétait déjà la zone de réception de la "Une" sur le canal 4-V en bande I depuis septembre 1959), mais aussi à Maubeuge (Rousies), Valenciennes (Marly) et, pour le programme régional d'Amiens, à Hirson (Landouzy) et à Abbeville (Limeux).

    Tous ces émetteurs "intercalaires" sont uniquement équipés pour la radio FM et la TV en UHF. Leurs emplacements sont soigneusement choisis pour "coller" au mieux avec les limites administratives qui aboutiront un jour à nos actuelles régions, et pour lesquelles l'ORTF a mis progressivement en place des C.A.T. (Centres d'Actualités Télévisées) dont ces émetteurs assureront une couverture optimale, tandis que les grands centres VHF comme Bouvigny avaient eu pour objectif premier de couvrir un maximum de population avec la plus grande zone de réception possible.

    A la fin des années 80, la proximité de la Belgique, de l'Angleterre et des Pays-Bas a empêché Bouvigny d'accueillir des émetteurs pour la Cing et TV6 (puis M6), qui durent se contenter longtemps d'un émetteur local à Lambersart, limité à l'agglomération lilloise.

    Depuis, le passage au tout numérique a permis à la station de bénéficier du même nombre de chaînes que les autres grands centres émetteurs de province.

    Quant à la Picardie, elle possède ses propres émetteurs depuis 1969 à Saint-Just en Chaussée pour couvrir l'Oise et la Somme, à Limeux pour la région d'Abbeville, et, pour l'Aisne, à Hirson Landouzy mais aussi à Villers-Cotterets (Fleury) le tout premier émetteur UHF français à utiliser la polarisation verticale.

    Dans le prochain article, nous partirons pour l'Alsace dont le premier émetteur, provisoire, a fêté ses 60 ans le 30 septembre 2013. Bien que nous disposions de moins d'illustrations et de détails, nous découvrirons pourquoi la priorité a été donnée à cette région plutôt qu'à Lyon, initialement prévue pour le troisième émetteur français, mais qui dut attendre un an de plus pour bénéficier de la télévision.
    Dernière modification par Colorix ; 15/04/2017 à 01h08.
    Colorix
    Louis Marie Foratier

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