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    2) Rouen - Grand-Couronne / Rouen - Les Essarts

    Quelques mois après le Mont-Pinçon, l'émetteur de Rouen est enfin mis en service le 14 octobre 1956 au lieu-dit Le Grand Essart, dans le quartier des Essarts au sud de la commune de Grand-Couronne. Si dans les documents officiels de la
    RTF puis de l'ORTF et de TDF il a pour nom Rouen Grand-Couronne, il est souvent aussi dénommé Rouen Les Essarts.

    La raison de ce retard est notamment due à la situation de ce pylône par rapport à l'aérodrome de Rouen Le Madrillet (St-Etienne du Rouvray) : il se situe exactement dans l'axe de la piste d'atterrisage et de décollage.

    La
    RTF se voit donc obligée de limiter à 100 mètres la hauteur de ce pylône, dont la base se trouve néanmoins à 130 mètres au-dessus de la mer :



    Le premier émetteur du Grand Essart désormais disparu.
    Un "Chemin de l'antenne"marque maintenant son ancien emplacement.
    Deux autres vues anciennes sont visibles
    ici sur le site de M. Thierry Vignaud
    Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en grande taille.
    Document © Delcampe.net


    Dans Radio-Cinéma Télévision (futur Télérama) du 25 novembre 1956 il est précisé qu'avec une puissance de 10 kW crête-image et trois panneaux rayonnants de 100 kW de P.A.R. (et un quatrième limité à 50 kW vers le nord-est), le canal F10-H de Rouen (vidéo 199,70 MHz - audio 188,55 Mhz) est bien reçu jusqu'à Honfleur à l'ouest, Bernay et L'Aigle au sud-ouest, Nonencourt et Houdan au sud-est, Gisors à l'est, Forges-les-eaux et Neuchâtel-en-Bray au nord-est :



    La baie centrale de contrôle aux Essarts. Noter le téléviseur typique des années 50 avec
    la vitre de protection de l'écran, utilisé pour vérifier le "retour antenne" de l'émetteur.
    Les fanions tricolores indiquent que cette photo date de l'inauguration en octobre 1956.
    Cliquer dans l'image ou ici pour voir tous les détails en grande taille.
    Document © Delcampe.net

    Seule ombre au tableau, comme Cherbourg pour le Mont-Pinçon, Le Havre se trouve hors de portée d'une réception correcte des Essarts. Les deux agglomérations devront attendre deux ans avant de se voir doter d'émetteurs secondaires de faible puissance (nous y reviendrons très bientôt) pour assurer une réception correcte des émissions.

    En 1964 est entreprise la construction d'un second pylône, toujours aux Essarts, à quelques centaines de mètres au nord du mât existant. Selon les nouveaux choix techniques de l'époque, comme au Mont-Pinçon cet édifice sera lui aussi tubulaire :




    Le nouveau mât tubulaire de 200 mètres mis en service en 1966.
    Dès avant sa mise en service définitive il avait commencé à diffuser la Deuxième Chaîne.
    Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en grande taille.
    Document © Martin Watkins (2001)

    Les choses traînent toutefois en longueur car il faudra deux ans avant que cette nouvelle installation soit mise en service, afin d'apporter, grâce à ce mât deux fois plus haut (200 mètres) une couverture correcte pour la toute nouvelle
    Deuxième Chaîne. Celle-ci sera lancée avec près d'un an de retard sur celle du Mont-Pinçon, sur le canal 33-H avec une puissance crête-image de 20 kW (soit 500 kW de P.A.R.) ce qui fait de ce site une particularité par rapport au reste du réseau auquel on a assigné des "triplets" (21-24-27 à Lille et Brest, 22-25-28 à Paris et Caen, 50-53-56 à Limoges et Vannes etc): pour on ne sait quelle raison, Rouen s'est vu en effet attribuer les canaux 23-26-33. Il rejoint ainsi Strasbourg Nordheim qui a hérité d'un hétéroclite 43-56-62 dû, lui, à la proximité des nombreux émetteurs étrangers limitrophes.

    Parallèlement, le voisinage trop proche et l'axe trop direct de la piste de l'aérodrome de
    Rouen-Rouvray (Le Madrillet) sont réglés par l'abandon de ce dernier au profit, en 1968, de celui de Boos qui deviendra l'actuel Rouen Val de Seine, à l'est de la ville, et dont l'axe de la piste met désormais l'ORTF à l'abri d'éventuels problèmes de hauteur pour ses installations :



    Vue aérienne de l'ancien émetteur au bord de ce qui deviendra, en bas, l'autoroute A13
    Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en grande taille
    Document © IGN - GLImages - Forgotten Circuits
    Pour la vue aérienne de l'émetteur actuel, cliquer ici
    (document © Google Maps - Collection Coplan)




    Le premier mât se situait dans l'axe (en bleu) de la piste (en violet) de l'aérodrome du Mardillet.
    Un léger déplacement (en rouge) permettait de réduire un peu le problème,mais celui-ci fut
    définitivement réglé avec le transfert d'aérodrome à Boos ont l'axe de la piste (en orange)
    est totalement différent de celui (en fuschia) en direction de l'émetteur.
    Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en grande taille, plus lisible.
    Document © Google Maps
    Sources des informations :
    © Mme Cécile-Anne Sibout, historienne (2004, 2010)
    © Agglomération de Rouen (2004) et © Journal Paris-Normandie (2010)
    © anciens-aerodromes.com


    Alors que le Mont-Pinçon s'est vu attribuer dès 1957 trois émetteurs FM, les Haut-Normands devront attendre 1963 avant de pouvoir écouter
    RTF-Inter (future France Inter) sur 96,5 MHz et RTF Haute-Fidélité (future France Musique) sur 92 MHz grâce à deux émetteurs de 12 kW. Le troisième, sur 94 MHz, arrivera l'année suivante pour diffuser France Culture (ex-RTF Promotion) :



    En haut de cette photographie de mw963 datant d'avant la TNT, les antennes TV bande III.
    Sous la plateforme, les panneaux UHF bande V diffusant La Cinq (puis Arte/France 5) et M6
    En bas, les panneaux radio FM pour France-Inter, France-Cultureet France-Musique.
    Cliquer dans l'image ou ici pour voir tous les détails en grande taille.
    Document © Martin Watkins (2004)

    Côté télévision régionale, la station
    ORTF de Rouen installée au pied de l'émetteur est inaugurée comme à l'habitude par le ministre Alain Peyrefitte le 27 novembre 1964. Les locaux sont exigus, les conditions de travail sont difficiles pour l'équipe qui détient le triste record de studio le plus petit de France avec ses 35 m², à peine plus grand que celui du Beffroi de Lille dans les années 50. La situation sera grandement améliorée fin 1978 avec le déménagement dans des locaux adaptés, au sein du nouveau centre tertiaire de Saint-Sever. La station pourra alors, le 15 décembre 1978, proposer son premier journal télévisé en couleurs.

    Entre temps, la
    Troisième Chaîne est arrivée à Rouen Grand-Couronne le 24 avril 1974 sur le canal 26-H, suivie en 1976 par TF1 Couleur sur le canal 23-H, toutes deux avec une puissance crête-image de 20 kW, soit 500 kW de P.A.R.

    Au début des années 80, Canal Plus émet désormais sur le nouveau canal L07-H (vidéo 192 MHz - audio 198,5 MHz) avec une P.A.R. de 65 kW. Ses fréquences se logent sans problème dans celles, plus larges, de l'ancien canal F10 du 819 lignes.

    Quelques années plus tard, La Cinq (puis Arte/France 5) se caseront respectivement sur les canaux 59-H et 62-H rayonnés de façon plus ou moins directionnelle par un petit jeu de panneaux
    bande V installé entre les panneaux bande III et FM. Même avec des P.A.R. de 100 kW, la diffusion sera évidemment nettement moins bonne que celle du triplet bande IV diffusé depuis l'antenne au sommet du pylône, dont la puissance a été ramenée de 500 à un peu moins de 200 kW avec l'arrivée de ces nouvelles chaînes.

    Le 31 mars 2005, pour une fois c'est Grand-Couronne (Les Essarts) qui est favorisé par rapport au Mont-Pinçon, avec le lancement officiel, en même temps que Paris et une douzaine d'autres villes, de la T.N.T.

    Au niveau de la zone de réception, France 5, Arte et M6 sont enfin à égalité avec les autres chaînes historiques en ayant accès, elle aussi, à l'antenne UHF principale au sommet du pylône :



    L'émetteur peu après l'arrivée de la TNT le 31 mars 2005

    Cliquer dans l'image ou ici pour voir tous les détails en grande taille.
    Document © TDF (2005)



    Noter le bâtiment en bas à droite, un ancien logement du personnel du premier centre émetteur
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    Document © TDF (2005)
    Dernière modification par Colorix ; 14/10/2018 à 02h01.
    Colorix
    Louis Marie Foratier

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    3) Cherbourg - Digosville et Le Havre - Harfleur

    Autant en baie de Seine qu'à l'extrémité de la pointe du Cotentin, les émissions de Grand-Couronne comme celles du Mont-Pinçon ne parviennent que très difficilement, voire pas du tout dans ces secteurs en bord de mer.
    Aussi la R.T.F. décide-t-elle de construire deux émetteurs de faible puissance destinés à compléter ces couvertures insuffisantes dans les zones de Cherbourg et du Havre-Honfleur.

    Toutefois, en cette deuxième moitié des années 50, la conjoncture économique est très défavorable pour les déblocages de crédits destinés à l'achat de nouveaux émetteurs. L'Ouest est en première ligne dans cette période de vaches maigres, nombreux sont ses futurs émetteurs de grande puissance qui voient leurs délais de mise en route reportés de un ou deux ans. Le bal commence avec les deux sites de Cherbourg-Digosville et Le Havre-Harfleur, qui devaient être initialement mis en route dans la foulée de ceux de Caen et Rouen, mais ils devront finalement attendre l'été 1958, avec le 27 juillet pour Cherbourg et le 5 août pour Le Havre.


    a) Cherbourg - Digosville

    C'est donc dans le petit village de Digosville (le "s" ne se prononce pas), au lieu-dit Le Hameau Giot sur la Lande Panverse, à 5 km au nord-est de Cherbourg, qu'est construit un petit pylône en treillis métallique haubané de 80 mètres seulement pour assurer une réception correcte dans cette zone hors de portée du Mont-Pinçon, distant de 100 km et dont le signal est affaibli par les collines encadrant la vallée de la Divette.

    Le canal F12-H (vidéo 212,85 MHz, audio 201,70 MHz) avait été retenu avec une puissance-crête image de 500 Watts, soit environ 10 kW de P.A.R.


    Par la suite, occupant cette même bande de fréquences et malgré leur voisinage relatif, les émetteurs I.T.V. de Chillerton Down (canal B11-V) sur l'île de Wight dès 1959, et de Caradon Hill (canal B12-V) dans le Devon en 1960, n'allaient pas apporter de soucis marquants, notamment grâce à leurs diagrammes de rayonnement très limités vers le continent, mettant la pointe du Cotentin à l'abri des interférences subies par les usagers du Mont-Pinçon.

    Courant 1966, un émetteur
    Deuxième Chaîne de 2 kW (soit 50 kW de P.A.R.) était mis en service sur le canal 59-H et l'année suivante, un premier petit émetteur radio F.M. diffusait France-Inter pour l'agglomération de Cherbourg sur 94,15 MHz avec 50 Watts de puissance, celle-ci étant portée à 250 Watts (soit environ 5 kW de P.A.R.) courant 1968, au côté de deux autres émetteurs de mêmes caractéristiques diffusant France-Culture sur 89,2 MHz et France-Musique sur 92,35 MHz avec une zone de réception à peu près identique à celle des deux émetteurs de télévision.

    Merci à notre ami normand14 qui nous apporte également les précisions suivantes : " L'émetteur FM fut mis en service pour permettre de diffuser Radio-Cherbourg en décrochage de France-Inter. Radio-Cherbourg fut inauguré le 6 janvier 1966 en même temps que la station régionale de l'ORTF de Caen. De ce fait l'émetteur de Caen-Mont Pinçon cessa ce jour-là de transmettre les actualités régionales réalisées depuis Rouen pour diffuser celles produites par la station de Caen. Un faisceau hertzien fut mis en place entre la station installée à Saint-Contest dans la banlieue de Caen et le Mont-Pinçon.
    https://france3-regions.francetvinfo...ns-898401.html
    https://www.ouest-france.fr/normandi...issait-3962087 "


    La puissance des émetteurs UHF sera doublée (4 kW crête-image, soit 100 kW de P.A.R. environ) lors de la mise en service d'un second émetteur en 1976 sur le canal 62-H pour
    FR3, suivi en 1978 par celui de TF1 Couleur sur le canal 65-H. Canal Plus suivra au milieu des années 80 en 625 lignes SECAM sur le canal L06-H (vidéo 191,25 MHz – audio 197,75 MHz). Alors qu'en général on s'efforçait de rester dans la même bande de fréquences que l'ancien réseau 819 lignes, ici à cause de l'écart important de fréquence vidéo avec l'ancien canal F12 du 819 lignes, certains téléspectateurs, notamment abonnés à la chaîne, ont pu être amenés à devoir remplacer leur antenne Bande III.

    Dans le milieu des années 80, Digosville reçoit deux émetteurs UHF d'une puissance de 1 kW crête-image environ (soit 20 kW P.A.R.) sur les canaux 35-H pour
    La Cinq et 37-H pour M6.

    Malgré d'intenses recherches menées sur plusieurs semaines, il n'a pas été possible (comme cela avait déjà été le cas pour Dijon Nuits St-Georges et Besançon-Lomont) de trouver une seule illustration de cet émetteur avant 1986. C'est en effet à notre ami Martin,
    mw963, que nous devons ces photographies du site lors du remplacement de son pylône en 1986, qu'il nous a gentiment mis a disposition comme il l'avait fait pour le site de M. Thierry Vignaud. En retouchant l'une d'entre elles, comme cela a été fait précédemment pour le Lomont dans des conditions identiques, voici l'aspect que devait avoir le pylône à ses débuts en 1958 :


    Les antennes 819 lignes du canal F12, au sommet du mât, étaient légèrement moins grandes que
    celles de Canal Plus (canal L06) visibles sur cette retouche de la photographie originale prise par
    notre ami mw963 en 1986 lors du remplacement de ce pylône, et visible après celle ci-dessous.

    Document retouché à partir du cliché original © Martin Watkins (1986)

    Et voici à quoi il ressemblait réellement en 1986 après l'arrivée de La Cinq et M6 :



    Noter le réflecteur passif assurant la liaison hertzienne des quatre premières chaînes
    Document retouché à partir du cliché original © Martin Watkins (1986)

    Enfin, voici la photographie originale prise par notre ami mw963 au moment du remplacement de l'ancien pylône de 80 mètres, par un nouveau, haut de 138 mètres :


    Site T.D.F. de Cherbourg – Digosville, 1986.
    Remplacement de l'ancien mât de 1958, haut d'environ 90 mètres
    avec son antenne UHF, par un nouveau mât de 138 mètres (à droite)

    Document © Martin Watkins (1986)

    Cherbourg n'a pas eu seulement un rôle au niveau de la télévision française : lors de l'arrivée très tardive (en 1976) de BBC2 et de la mise en couleur de BBC1 et de ITV Channel Television dans les îles anglo-normandes, les opérateurs britanniques avaient adopté deux politiques différentes. Apparemment ITV (peut-être à cause de son statut commercial) n'avait ni souhaité ni réussi à s'entendre avec la France (alors encore sous monopole) pour assurer une liaison hertzienne via Cherbourg, ce qui avait contraint la chaîne britannique à mettre au point un système compliqué d'antenne (le SABRE,
    voir ici – pages en anglais) captant l'émetteur UHF de Stockland Hill (Sud-Ouest de l'Angleterre) pour relayer les émissions en couleur nationales du réseau ITV. Par contre, la BBC avait passé un accord avec l'établissement public TéléDiffusion de France, et Cherbourg (très vraisemblablement Digosville, vu la hauteur de son pylône) a servi de d'étape sur le parcours du faisceau hertzien pour relayer BBC1 et BBC2 en couleur PAL entre l'Angleterre et les îles anglo-normandes jusqu'à la mise en service des liaisons satellites dans les années 80.

    Par la suite, l'encombrement des fréquences sera (difficilement) mis à plat pour assurer l'arrivée de la TNT en France comme dans les îles anglo-normandes. Celles-ci, d'ailleurs, prises en enclave entre les émetteurs normands et bretons, et susceptibles de subir des interférences de ceux du Sud de l'Angleterre, ne disposent pas de la totalité des très nombreuses chaînes britanniques du bouquet TNT Freeview. Par contre, Digosville, comme partout ailleurs en France, diffusait dès l'automne 2006 toutes les chaînes numériques prévues au plan national.



    Le centre émetteur T.D.F. de Digosville en décembre 2004
    A gauche les quartiers nord de Cherbourg, et la Manche dans le lointain.
    Document ©TDF (2004)
    Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en très grande taille pour voir tous les détails



    Document ©TDF(2004)
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    Depuis, politique européenne concurrencielle oblige, c'est la société Towercast qui a remporté le marché local et assure la diffusion de toutes les chaînes à partir d'un pylône autostable en treillis métallique érigé en 2015-2016 à La Cacherie, à moins de 200 mètres de celui de TDF qui ne diffuse plus que les cinq radios FM de Radio-France (Inter, Culture, Musique et Bleu Cotentin).


    Site Towercast de Cherbourg – Digosville, route de la Cacherie.
    Le pylône haut de 118 mètres diffuse désormais tous les multiplex de la TNT
    Document © M. Kevin Eudes et carte-fh.lafibre.info (2016)

    Au Royaume-Uni, pour des raisons techniques, ITV avait été amenée à émettre depuis des sites différents de ceux de la BBC, pour compenser la limite de portée de la bande III par rapport à la bande I de la BBC. Mais par la suite, les deux opérateurs s'étaient entendus pour regrouper à égalité sur un seul site, les émetteurs de toutes les chaînes UHF britanniques.

    En France c'est maintenant exactement l'inverse : de plus en plus, comme nous l'avons vu avec Besançon-Lomont et Argenton-sur-Creuse, et comme nous le verrons très bientôt pour l'intercalaire de Mortain (au sud de ce département de la Manche) on se retrouve avec des dédoublements de pylônes sur un même site d'émission, et parfois même plus lorsque des opérateurs de téléphonie mobile décident d'en faire autant, ce qui ne va pas sans créer des remous parmi les populations locales soucieuses de l'esthétique de leur environnement. Mais le fait est là, l'actuelle société TDF qui a pris la suite de l'ancien établissement public Télé Diffusion de France (héritier de la Régie de Diffusion de l'ex-ORTF), se voit de plus en plus abandonnée par ses concurrents locataires qui préfèrent investir dans leurs propres équipements d'émission à l'esthétique, il faut le reconnaître, assez contestable dans les belles campagnes françaises.


    b) Le Havre - Harfleur

    Comme pour Cherbourg avec l'émetteur du Mont-Pinçon, Le Havre et son agglomération ne pouvaient pas capter correctement l'émetteur des Essarts, notamment à cause de certaines hauteurs dominant les méandres de la vallée de la Seine.


    Après deux ans d'attente, la
    R.T.F. a finalement mis en service le 5 août 1958 sur les hauteurs du quartier de Caucriauville, dépendant alors de Harfleur, à l'est du Havre, un petit "émetteur satellite" de 50 Watts de puissance-crête image avec un pylône haut de 50 mètres, et fonctionnant sur le canal F7-H (vidéo 177,15 MHz – audio 188,30 MHz).

    Un émetteur
    Deuxième Chaîne de 10 kW (soit environ 250 kW de PAR) suivra début 1965 sur le canal 43-H, permettant de compléter la zone de couverture insuffisante en baie de Seine, à la fois de l'émetteur de Rouen sur la rive nord (Le Havre, Sainte-Adresse, Octeville...) et sur la rive sud (Honfleur, Villerville, Trouville) se trouvant en limite de réception de celui du Mont-Pinçon. La puissance de l'émetteur VHF est simultanément portée de 50 à 500 Watts (soit environ 10 kW de P.A.R.) cette même année 1965 :


    Le pylône surmonté de sa nouvelle antenne UHF à partir de 1965
    Photographie originale © Editions CAP
    Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en très grande taille

    La radio en modulation de fréquence devra attendre jusqu'en 1967 avant que trois émetteurs de 250 Watts soient mis en service sur 88,9 MHz pour
    France-Inter, 93,3 MHz pour France-Culture, et 98,5 MHz en stéréophonie pour France-Musique. Toutefois, la réception des émetteurs du Mont-Pinçon était déjà possible auparavant pour les Havrais s'équipant d'une antenne F.M. extérieure.

    A partir de 1971, à la suite d'une recomposition urbaine, l'émetteur ne se situe plus sur le territoire de la commune d'Harfleur, mais de celle du Havre. L'
    ORTF, puis TéléDiffusion de France, et désormais TDF et le CSA, lui ont néanmoins conservé son appellation d'origine : "Le Havre - Harfleur ".


    Peu après Grand-Couronne, la
    Troisième Chaîne est mise en service par l'ORTF dans le courant du printemps 1974 à Harfleur sur le canal 40-H, suivie en 1976 par TF1 Couleur sur le canal 46-H, à qui la revue professionnelle Antennes de TéléDiffusion de France rendra hommage sur sa page de couverture quelques mois plus tard :



    L'émetteur du Havre a bénéficié de la duplication de TF1 Couleur dès 1976
    Document © TDF (février 1977)


    Au milieu des années 80, Canal Plus émet désormais sur le canal L05-H (vidéo 176 MHz – audio 182,50 MHz) dans l'ancienne bande de fréquences du canal F7 et avec la même polarisation, permettant aux anciennes antennes VHF de capter la nouvelle chaîne. Celle-ci sera suivie par deux émetteurs UHF diffusant La Cinq et M6 respectivement sur les canaux 53-H et 56-H avec 45 kW de P.A.R.

    Plus tard, un émetteur de 20 kW de P.A.R. sur le canal 35-H relaiera pour la rive sud, appartenant au Calavados, France 3 avec l'édition régionale " Basse-Normandie " pour pallier l'insuffisance ou l'absence de signal du Mont-Pinçon dans cette zone. Les émetteurs F.M. de Radio-France seront complétés en 1986 par celui de la nouvelle station Radio France Normandie Rouen sur 95,1 MHz avec des décrochages locaux jusqu'en juin 2015, et par une dizaine de stations locales.

    Notre ami normand14 apporte aussi la précision suivante : "en 1989, tout comme pour la télévision, un émetteur FM (102.2 Mhz) destiné à la diffusion de Radio-France Normandie Caen fut installé. Cet émetteur diffusait donc FR3 Rouen et FR3 Caen ainsi que RF Normandie Rouen et RF Normandie Caen. Situation inchangée à ce jour."


    L'émetteur du Havre sur les hauteurs d'Aplemont, autrefois un quartier de Harfleur
    Document © Martin Watkins (1990)

    Courant 2001, l'ancien pylône autostable a été remplacé par un modèle de même type, mais légèrement plus grand avec une hauteur totale de 132 mètres.
    Voici, prise par notre ami Martin, mw963, une photographie publiée sur le site de M. Thierry Vignaud (cliquer ici pour d'autres photos) avant la "déconstruction" de l'ancien pylône :


    A gauche, l'ancien pylône construit par l'ORTF.
    Noter la plus grande légèreté de structure de son successeur.

    Cliquer dans l'image ou ici pour ouvrir la page du site de M. Thierry Vignaud
    Document © Martin Watkins (2001) et M. Thierry Vignaud

    La TNT est arrivée sur le site de Harfleur dès septembre 2005, permettant la diffusion de toutes les chaînes nationales. Par la suite, la chaîne locale "LCN" (La Chaîne Normande) autorisée en Haute-Normandie par le CSA en 2011 n'a pu jusqu'à présent trouver place au Havre, la dernière fréquence disponible ayant été préemptée par France 3 pour continuer le relais, à destination de la rive gauche de la baie de Seine, de son édition régionale de Caen.


    Le centre émetteur
    T.D.F. de Harfleur en décembre 2004

    Document ©TDF (2004)
    Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en très grande taille pour voir tous les détails


    Document ©TDF (2004)
    Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en très grande taille pour voir tous les détails



    Document © M. X. Boudou et carte-fh.lafibre.info (2017)
    Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en très grande taille pour voir tous les détails

    A ce jour, tous les opérateurs exploitant les divers multiplex de la TNT utilisent le site de Harfleur. Contrairement à Digosville, il n'y a pas à ce jour de nouveau pylône construit ou projeté par un concurrent de
    TDF au Havre.


    4) Les intercalaires normands

    a) Neufchâtel-en-Bray - Croixdalle

    Dans les années 60 et le début des années 70, la couverture de l'émetteur UHF de Rouen Grand-Couronne / Les Essarts était très insuffisante voire inexistante dans le nord et le nord-est du département de la Seine-Maritime, partiellement desservis par ceux d'Abbeville-Limeux et d'Amiens Saint-Just en Chaussée diffusant par ailleurs les émissions régionales d'Amiens.

    Un centre intercalaire avec pylône tubulaire de 200 mètres fut donc construit et mis en service en 1976-1977 sur les hauteurs de la forêt de La Verrerie du Hellet,
    dans le secteur très vallonné de Croixdalle à quelques kilomètres au nord-ouest de Neuchâtel-en-Bray, diffusant Antenne 2 et FR3 Haute-Normandie respectivement sur les canaux 48-H et 54-H avec une puissance crête-image de 4 kW (soit 100 KW de P.A.R. à l'époque). Jusqu'à la mise en service en 1978 de l'émetteur de TF1 Couleur avec cette même puissance sur le canal 51-H, TF1 fut provisoirement difffusé en "hybride" (819 lignes UHF) sur le canal 65-H avec une puissance crête-image de 250 Watts (soit environ 5 kW de P.A.R.). Par la suite, la puissance apparente rayonnée de ce canal 65 fut portée à 10 kW lors de sa réaffectation à la diffusion de Canal Plus au milieu des années 80.

    Le centre fut aussi complété peu après par deux émetteurs UHF de même puissance (10 kW P.A.R.) relayant La Cinq et M6 respectivement sur les canaux 34-H et 31-H.

    Comme tous les centres intercalaires de même type, Neuchâtel-en-Bray s'est vu aussi attribuer des émetteurs radio FM diffusant France Inter (92,7 MHz), France Culture (96 MHz), France Musique (90,2 MHz) complétés plus tard par celui de Radio-France Haute-Normandie (101,6 MHz) avec une même P.A.R. actuelle de 5 kW, puis par une demi-douzaine de radios privées limitées, elles, à 500 Watts de P.A.R. :


    Document © Martin Watkins (2004)
    Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en très grande taille pour voir tous les détails

    Neufchâtel-en-Bray est passé à la TNT en octobre 2006 et diffuse, outre les multiplex nationaux, la station locale
    "LCN" (La Chaîne Normande) basée à Rouen.


    Document ©
    Martin Watkins (2004)
    Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en très grande taille pour voir tous les détails



    Dans une forêt à 200 mêtres d'altitude, le centre intercalaire de
    Neufchâtel-en-Bray - Croixdalle et son pylône de même hauteur

    Document ©TDF (2004)
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    Document ©TDF (2004)
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    b) Alençon - Mont d'Amain

    Dans la même situation qu'à Neufchâtel-en-Bray, Alençon et ses environs, encaissés dans les montagnes du Perche, se trouvaient hors de portée confortable des émissions UHF à la fois du puissant émetteur de Mayet, au sud du Mans, et de celui du Mont-Pinçon diffusant par ailleurs les émissions régionales de Caen couvrant l'actualité de l'Orne.

    L'ORTF entreprit donc la construction et la mise en service, en 1971, d'un émetteur intercalaire destiné à couvrir correctement ce département depuis les hauteurs des Monts d'Amain, à la fois en radio FM et en télévision UHF. Le choix se porta sur le lieu-dit "Les Champs Gassiers" à 300 mètres d'altitude sur la commune de Brullemail, à 30 km au nord-est d'Alençon :


    Vue satellite de l'émetteur intercalaire TDF d'Alencon Mont d'Amain
    Document © IGN - Géoportail - Collection Coplan


    Comme pour presque tous les émetteurs de cette époque la technologie du mât tubulaire fut retenue avec un pylône de 200 mètres accueillant un émetteur Deuxième Chaîne de 4 kW de puissance crête-image (soit 100 kW de PAR) sur le canal 51-H, et trois émetteurs radio à modulation de fréquence de 2kW diffusant France-Inter sur 93 MHz, France-Culture sur 88 MHz et France-Musique en stéréophonie sur 91 MHz.


    L'émetteur d'Alençon Mont d'Amain à ses débuts dans les années 70.
    Les antennes FM n'ont pas été encore posées sur le pylône.
    Document © Delcampe.net

    Le centre, trop éloigné d'Alençon (30 km) n'a pas été retenu pour relayer la station locale France Bleu Normandie (Calvados, Orne) sur 101,6 MHz limitée à 500 Watts de PAR, TDF ayant préféré créer un nouveau site à Valframbert, plus proche de la ville d'Alençon. Il en est de même pour les stations privées, trop limitées elles aussi en PAR, pour lesquelles ce diffuseur exploite un autre site à Saint-Barthélémy, au sud de l'agglomération.

    FR3 avec son édition régionale Basse-Normandie fut mise en service vers 1976 sur le canal 54-H, suivie en 1978 par TF1 Couleur, toutes deux avec la même puissance de 4 kW crête-image.

    A la fin de l'été 1989, deux émetteurs de 1 kW crête-image complétaient les équipements UHF avec La Cinq sur le canal 42-H et M6 sur le canal 45-H. En raison de la multiplication de ces nouveaux émetteurs initialement non prévus par les accords internationaux, leur puissance apparente rayonnée étaient limitée à 12 kW tandis que celles du "triplet" étaient abaissées à 40 kW de PAR.


    En juin 2006, le site est passé au numérique avec la diffusion de toutes les chaînes nationales. Il n'y a aucune chaîne locale sur la TNT dans ce département.


    Le centre émetteur lors du passage à la TNT en juin 2006
    Document ©
    TDF (2006)
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    Document ©TDF (2006)
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    c) Mortain Grand-Fontaine,
    Mortain Roche-Plate et Mortain Bocage

    - TDF Mortain Grand-Fontaine

    Encaissé lui aussi dans une petite vallée située à mi-chemin entre les émetteurs du Mont-Pinçon et de Rennes Saint-Pern, à une trentaine de kilomètres à l'est d'Avranches et de la baie du Mont Saint-Michel, le secteur de Mortain reçoit mal ou pas du tout les émissions UHF (et en couleurs) de la Deuxième Chaîne.

    Comme pour Neufchâtel-en-Bray et Alençon, Télé Diffusion de France décide donc d'y implanter, au lieu-dit "Grand-Fontaine" en 1975-1976, un petit émetteur dont le mât en treillis métallique haubané se limitera à une hauteur de 100 mètres, soit la moitié de ceux habituellement construits en tubulaire pour les intercalaires à cette époque :


    L'émetteur intercalaire TDF de Mortain Grand-Fontaine
    Document © Google Street View
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    Deux émetteurs UHF de 500 Watts de puissance apparente rayonnée (soit environ 10 kW de PAR)
    sont mis en service en février 1976 (voir l'intéressant article de la revue Antennes dans le message ci-dessous de kiki37) pour diffuser Antenne 2 sur le canal 52-H et FR3 avec les émissions régionales de Basse-Normandie sur le canal 55-H. Ils seront suivis en septembre 1978 par un autre dupliquant TF1 Couleur sur le canal 55-H.

    Dans le milieu des années 80, le site se trouvant à proximité de la ville de Mortain, un petit émetteur de 700 Watts de puissance apparente rayonnée lui était attribué pour diffuser M6 sur le canal 58-H. L'encombrement des fréquences lié à la proximité des îles anglo-normandes et des émetteurs du Mont-Pinçon, de Rennes Saint-Pern et de Laval Mont-Rochard ne laissait plus de place pour un émetteur plus puissant, ni même pour un autre de faible puissance pour La Cinq.

    - ITAS-TIM Mortain Roche Plate

    Au printemps 2008 ce site TDF passait à la TNT, diffusant l'ensemble des multiplex nationaux jusqu'à 2014-2015, date à laquelle a été mis en service à proximité, de l'autre côté de la route, un pylône ITAS-TIM autostable de taille quasi-identique (106 mètres) diffusant le multiplex R6 sous l'appellation "Mortain - Roche Plate" :


    Vue satellite du site "Mortain - Bocage"
    En haut, le nouveau pylône autostable
    ITAS-TIM de Roche-Plate
    En bas, le pylône haubané de
    TDF Grand-Fontaine
    Les deux sites sont éloignés de moins de 150 mètres

    Document © Google Street View

    - Mortain Bocage

    Depuis, en 2016, TDF a pris le contrôle de ce concurrent, ce qui a amené l'ARCEP (autorité de contrôle des télécommunications) a considérer désormais TDF et ITAS-TIM comme étant toutes deux l'opérateur historique. Depuis ce rachat d'ailleurs, les deux pylônes continuent de fonctionner simultanément sous l'appellation "Mortain - Bocage". Aucune télévision locale n'est par ailleurs disponible dans ce secteur sur la TNT.


    Prochaine étape : la Bretagne
    (Rennes - Saint-Pern, Brest - Roc Trédudon, Vannes - Moustoir-Ac)

    Dernière modification par Colorix ; 23/10/2018 à 17h11.
    Colorix
    Louis Marie Foratier

  3. #753
    Super Moderator Avatar de kiki37
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    Mais une fois tous ces émetteurs installés et mis en service, il fallait les contrôler, mesurer leur portée et les entretenir, ce à quoi s'activait Télédiffusion de France




    N.B. l'appellation TDF dans l'article ci-dessus fait référence à Télédiffusion De France alors établissement public, à ne pas confondre avec l'actuel TDF, établissement privé.


    Dernière modification par kiki37 ; 15/10/2018 à 10h55.
    "Qui dira toute la malice dont les choses sont capables lorsqu'elles cherchent à vous embêter ?"...E.Aisberg (son C.V.)

  4. #754
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    Tres bien mis a jour LMF! Merci.


    Pour ceux qui peuvent lire la langue de Shakespeare:


    http://downloads.bbc.co.uk/rd/pubs/reports/1961-16.pdf


    (Enquete technique BBC sur les rapports de frequences entre Mt Pincon et North Hessary Tor, compris visite "top secret" en France.....)

  5. #755
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    Citation Envoyé par mw963 Voir le message
    Tres bien mis a jour LMF! Merci.
    Merci cher Martin, ainsi qu'à SAT (qui a gentiment supprimé un message pour permettre à kiki37 de compléter bientôt l'étape Normandie de façon logique) pour vos encouragements à tous les deux !

    Pour ceux qui peuvent lire la langue de Shakespeare (...) Enquete technique BBC sur les rapports de frequences entre Mt Pincon et North Hessary Tor (...)
    Pour résumer un peu ce document de la B.B.C. pour les non-anglophones :

    En 1961 la R.T.F. avait fait savoir à la B.B.C. que des interférences brouillaient la réception du Mont-Pinçon, même à seulement 20 km de l'émetteur.

    Vérifications faites, c'était bien celui de North Hessary Tor, dans le Sud du Devon, qui provoquait des moirages sur le canal F2, dont (nous l'avons vu précédemment) les fréquences se chevauchaient avec celles de son canal B2.

    La B.B.C. a commencé par s'installer non loin de son émetteur des Platons à Jersey, munie d'un téléviseur 819 lignes du commerce, mais celui-ci captait trop bien le canal B4 des Platons, même ailleurs dans l'île. Ils continuèrent avec un récepteur 405 lignes modifié, mais n'étaient pas satisfaits des résultats. Néanmoins, la réception du Mont-Pinçon à Jersey ne semblait pas bonne, celle de Rennes Saint-Pern (canal F5-H) en bande III étant bien supérieure.

    Nos techniciens britanniques reçurent l'aide d'un revendeur TV local qui mit à leur disposition un second récepteur équipé (chose encore rare en 1961) pour les cinq normes européennes (405 lignes, 625 lignes européen et "belge", 819 lignes français et "belge"... vraisemblablement un BARCO). Ils purent ainsi constater que la diffusion du Mont-Pinçon ne semblait quand même pas parfaite.
    Par ailleurs, contrairement à la B.B.C. qui émettait normalement toute l'année, la R.T.F. faisait des économies en n'émettant que le soir en été, ce qui ne facilitait pas les choses.

    Le seul moyen d'en savoir plus, c'était d'organiser une discrète visite non officielle chez les Gaulois... et de vérifier sur place les conditions de réception du Mont-Pinçon et les fameuses interférences qu'ils n'avaient pu vérifier à Jersey. Ainsi que l'a souligné notre ami Martin, "le signataire du présent rapport s'est fait passer pour un touriste s'intéressant à la télévision française" (sic) pour mieux mener sa mission secrète !

    Le choix se porta d'abord sur la petite station estivale de Carteret, sur la côte ouest du Cotentin, mais ils ne purent avoir accès à aucun téléviseur, ni les hôtels ni les cafés, ni même les magasins n'en avaient... N'ayant pu, voyageant en train, emporter avec eux un de ces encombrants téléviseurs de 40 kgs de cette époque, ils se déplacèrent donc (toujours en train) plus à l'est, à Carentan, où la télévision étant mieux implantée, ils purent utiliser celle de l'hôtel pour vérifier la réception : un moirage marqué existait bien sur le canal F2.

    En Britanniques bien organisés, ils s'étaient entendus d'avance avec les techniciens de North Hessary Tor qui, à certains horaires bien définis, décalaient la fréquence nominale de leur émetteur, en calculant cet offset à partir de la fréquence ligne de la norme 819 lignes. Nous n'entrerons pas ici dans les détails techniques, que même les spécialistes non anglophones pourront comprendre aisément dans le document original en anglais. On notera toutefois que, la BBC émettant sur tout le Royaume-Uni avec seulement cinq canaux en bande I, tous ses émetteurs "secondaires" étaient décalés par rapport à l'émetteur "principal" (le plus ancien et le plus puissant : Home Moss pour le canal B2, en partage avec North Hessary Tor, Oxford, Douvres...). Il apparut ainsi que le moirage disparaissait presque complètement en ramenant la fréquence vision de 51,74325 MHz à 51,733125 MHz, abaissant ainsi de 12 dB l'interférence avec celle du canal F2 et rendant la vision de celui-ci bien plus confortable, très proche de la normale.

    Les Britanniques poussèrent aussi jusqu'à Cherbourg, mais la réception de Caen y était quasi impossible, d'autant plus que, nous l'avons vu précédemment, l'émetteur de Digosville sur le canal F12-H, mis en service trois ans plus tôt, en 1958, avait une diffusion d'excellente qualité.

    Les techniciens concluent leur rapport en laissant entendre que des études plus poussées auraient été souhaitables, notamment avec des mesures de champ des deux émetteurs de Caen et North Hessary Tor dans d'autres endroits en France, ainsi que des informations plus complètes sur la stabilité du secteur électrique alimentant le Mont-Pinçon. Ces éléments, bien sûr, ne pouvant être obtenus par un simple "touriste anglais s'intéressant à la télévision française"...

    Et puisque nous évoquions North Hessary Tor, quoi de mieux que de le découvrir ici grâce à notre ami mw963 justement, qui l'a photographié ici en novembre 2017 :




    Document © Martin Watkins - Novembre 2017
    Le centre émetteur radio FM et DAB de la BBC à North Hessary Tor (Sud Devon)
    Les antennes bande I ont disparu depuis 1985 et la configuration de la région a privé ce centre
    de la diffusion UHF au bénéfice des deux stations créées par
    ITV à Stockland Hill et Caradon Hill.
    Comme d'autres anciens sites TV 405 lignes de la
    BBC et de l'ITA non retenus pour la télévision
    en UHF, North Hessary Tor continue de fonctionner pour diffuser la radio en FM et DAB.

    Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en grande taille

    Rappel : les débuts de l'émetteur du Mont-Pinçon (Normandie) sont ici
    Dernière modification par Colorix ; 03/07/2018 à 11h02.
    Colorix
    Louis Marie Foratier

  6. #756
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    Merci Colorix. Très bon résumé! C'est dommage qu'on n'a pas toujours la note des frais pour cinq heures passés dans un hôtel, regardant la télé! J'imagine que le personnel de la BBC ont réussi a consommé quelques verres pour encourager l’hôtelier.....!

  7. #757
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    Enfin la BBC est un peu le "pompier pyromane" car il ne s'empêche pas d'adosser à bloc le nord de la France. ....

  8. #758
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    Je vous assure que vos emetteurs en France provoquaient des problemes egales chez nous en Angleterre en VHF..... Il faut rappeller en plus que North Hessary Tor etait beaucoup moins puissant que Mt Pincon.....

  9. #759
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    Il faut dire que 41 Mhz, c'est une fréquence trop perturbée.


    Dans les années 1970, il y avait un émetteur VHF Bande I CCIR à Stockholm( Motala ? ), qui diffusait la SVT 1 sur le canal E1, par la suite, cet émetteur a été rapidement coupé, et la Bande I VHF infradyne CCIR a commencé par le canal E2 au lieu de E 1. Pour ce canal, j' avais vu ça dans un livre sur la DX-TV, de Pierre GODOU


    En 1978, lors de l' élaboration de la norme L' par le CCETT et TDF, ils avaient défini le canal L 01( appellé A ), sur la bande I VHF supradyne, sur la même porteuse audio que le canal F2 norme E, comme celui, ici, du Mont Pinçon.


    Ce canal L 01 appellé aussi A, je l' avais étudié, en 1984, lorsque je faisais mon stage AFPA radio TV, sur la leçon " les TV anciennes normes et nouvelles normes ", il était mentionné sur nos tableaux des nos cours.


    Cependant, en pratique, on n' a jamais utilisé ce canal VHF Bande I , lors de la création du 4 eme réseau( C+ analogique ), et pour cause ! Alors les 41 mhz ont été réaffectés aux pulses de radiocommande. En VHF bande I, pour C+ analogique, il y en a eu, de nombreuses "galères " !


    Le Mont Pinçon n' a jamais réutilisé la Bande I VHF avec C+ analogique.


    Mont petit TV JVC CX 610 PF, sorti au Printemps 1981, multistandard, couvre la norme CCIR B/G traditionnelle, ainsi que la norme L/L' Française, en commençant bien sur 41,25 Mhz, avec ce canal mentionné " A " sur le cadran. Même chose sur un radiocassette TV noir et blanc multinormes.
    Dernière modification par BAISIN ; 03/07/2018 à 15h43.

  10. #760
    Membre Avatar de Colorix
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    Citation Envoyé par mw963 Voir le message
    Je vous assure que vos emetteurs en France provoquaient des problemes egales chez nous en Angleterre en VHF..... Il faut rappeller en plus que North Hessary Tor etait beaucoup moins puissant que Mt Pincon.....
    Tout à fait d'accord !

    North Hessary Tor :
    Puissance apparente rayonnée 15 kW selon les tableaux officiels dans les "BBC Yearbook" annuels. L'antenne était même directionnelle, réduite vers Caen.

    Mont-Pinçon :
    Puissance apparente rayonnée... "supérieure à 100 kW", relire ci-dessous la fin de cet article précédemment publié :


    Quant aux émetteurs britanniques reçus dans le nord de la France, tous les World TV Radio Handbook de cette époque comportaient le petit astérisque * signalant une "directional aerial" (antenne directionnelle) indiquant que le diagramme était dirigé vers l'intérieur des terres, avec une "protection" importante vers la France.

    A moins de s'équiper d'antennes particulièrement hautes et de gain élevé, comme par exemple ci-dessous à Dublin, pour capter la BBC de Divis (Belfast, canal B1-H, 35 kW PAR) et l'ITV d'Arfon (Ouest du Pays de Galles, canal B10-H, 10 kW PAR) éloignées de plus de 120 km, hormis la frange côtière immédiate vers Calais et Boulogne, il y avait peu de risques d'interférences directes. Les perturbations étaient plutôt dûes à une propagation des émetteurs éloignés les plus puissants.D'ailleurs, sur la carte des TV étrangères reçues en France, publiée par Télé Magazine en janvier 1960 et déjà publiée ici depuis longtemps, la seule zone concernant la BBC est celle de... Jersey. Rien dans le Nord-Pas de Calais.



    Réception de la BBC et de ITV à Dublin (République d'Irlande) dans les années 50, avant l'arrivée
    de la télévision nationale
    Telefis Eireann à la fin de 1961. Noter la hauteur impressionnante et la
    taille des antennes (presque aussi hautes que les bâtiments) captant Belfast et le Pays de Galles.

    Cliquer dans l'image ou ici pour afficher l'image en grande taille
    Document © Dublinforum.net

    Et pour faire bonne mesure...



    Une des plus hautes antennes TV à Dublin, dans Parnel Street dans les années 60.
    Depuis, comme en Belgique, pratiquement tout le pays est câblé, y compris en zones
    rurales avec le
    MMDS (faisceaux hertziens à usage communautaire) et même si bien
    des antennes ont disparu, des chaînes britanniques sont aussi sur la TNT irlandaise.

    Document © Dublinforum.net
    Dernière modification par Colorix ; 03/07/2018 à 17h27.
    Colorix
    Louis Marie Foratier

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