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  1. #1
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    Bien avant la TNT... Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60

    AVANT-PROPOS

    Bonjour et bienvenue,

    Les messages qui suivent concernant les débuts de la télévision à Paris, Lille, Strasbourg et Lyon, ont été initialement postés dans le "Forum Satellite", sujet "Photos d'antennes drôles, hors norme..." créé et animé par notre sympathique Cricri.

    Néanmoins, ces antennes d'émission, même si elles sont "hors norme", relèvent plus de la TNT (qu'elles diffusent presque toutes désormais, sauf celles qui n'émettent plus, telles Lille-Beffroi ou Strasbourg-Lauth).

    Aussi, pour lire en continu cette saga du "Tour de France des antennes d'émission des années 50-60", il m'a paru
    utile, sur la suggestion de quelques uns, de lui consacrer un sujet spécifique dans le présent "Forum TNT".

    Le "Tour de France des débuts de la télévision" suit l'ordre chronologique d'ouverture des émetteurs principaux par la RTF pour son réseau 819 lignes, de 1949 à 1961. Il est illustré par des photographies, des articles de presse, des documents techniques et même des copies vidéo de reportages contemporains (inaugurations d'émetteurs, de stations régionales, événements télévisés...).

    Dans certains cas
    nous serons amenés, d'une part à montrer l'évolution, depuis cette époque, de ces émetteurs dans les décennies qui ont suivi (arrivée de la Deuxième Chaîne et de la couleur, etc) mais aussi, pour garder une certaine cohérence, nous pourrons être amenés à présenter simultanément des émetteurs VHF associés ou émetteurs intercalaires UHF mis en service plus tard dans une même région.

    Voici donc, sous réserve de modifications pendant ce parcours (une étape supplémentaire étant notamment prévue pour l'Algérie, équipée en 819 lignes par la RTF dès 1956), la carte de ce "
    Tour de France" dont chaque étape correspond à la date de mise en service de l'émetteur régional principal :




    Cliquer sur la carte ci-dessus ou ici pour l'afficher en grande taille, bien plus lisible

    Document RTF
    . Source : "La sociologie politique et la télévision"
    par Serge Antoine et Jean Oulif
    in Revue française de science politique (1962)
    téléchargeable en PDF ici ou à défaut ici (taille 3 Mo)
    © Collections Persée.fr

    Dernière modification par Colorix ; 17/04/2017 à 12h42.
    Colorix
    Louis Marie Foratier

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      Réclame

       
       

  2. #2
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    Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : Paris Tour Eiffel

    A tout seigneur tout honneur, commençons avec le plus ancien émetteur TV français: la Tour Eiffel qui reçoit ses premières antennes en 1935 pour des émissions d'essai en 60 puis 180 lignes à analyse mécanique, avant de passer en 1937 au 455 lignes tout électronique jusqu'au sabotage des installations avant l'entrée des Allemands dans Paris en 1940.

    En 1943-1944 ceux-ci installent un émetteur au standard 441 lignes allemand. La France bénéficie alors d'un superbe centre de télévision rue Cognacq-Jay qui servira jusqu'aux années 80 pour les trois chaînes nationales de télévision, son concepteur visionnaire, Kurz Hinzmann, ayant refusé de le saboter. En reconnaissance la France lui attribuera une pension de fonctionnaire de la RTF.

    Les émissions 441 lignes sont doublées à partir de 1949 par un autre émetteur fonctionnant totalement indépendamment en 819 lignes, haute définition retenue pour le futur réseau national. Il n'existe à l'époque aucune passerelle d'un lignage à un autre : la RTF doit faire cohabiter pour une même émission en studio, régie et caméras de chaque définition, ce qui ne va pas sans certains heurts, les équipes 819 se jugeant prioritaires sur celles de la basse définition dont l'arrêt est programmé pour 1958.

    Les téléspectateurs 441 lignes s'estiment lésés, n'ayant droit qu'à des émissions en studio et des films des années 30 alors que ceux en 819 lignes bénéficient du car de reportage pour des grands directs extérieurs (football, arrivée du Tour de France, Messe de Minuit...). En juillet 1952 en prévision du Couronnement, la BBC (qui émet en 405 lignes) et la RTF mettent au point un "convertisseur de définition", en fait une caméra 819 braquée sur l'écran à revêtement spécial anti-moirage d'un moniteur 405 lignes également modifié pour limiter l'effet de "lignage".

    Grâce à ce procédé les téléspectateurs du continent pourront ainsi voir un an plus tard en direct, converties de 405 en 819 et 441 lignes à Paris, et de 405 en 625 lignes à Breda pour les Pays-Bas et l'Allemagne de l'Ouest, le Couronnement en direct d'Elizabeth II le 2 juin 1953.

    Un tel convertisseur est aussitôt installé à demeure pour l'émetteur 441 lignes parisien, qui devient un simple relais du 819 lignes mais donne désormais satisfaction à tout le monde. Le voici, installé dans les locaux de la RTF rue Cognacq-Jay en 1954 :



    Sur la gauche, on y voit les baies de contrôle de cet équipement qui comprend, au fond de la salle, le moniteur 819 lignes à tube à rémanence spéciale permettant à la caméra 441 lignes de ne pas reprendre le spot trop "en direct", ce qui lui aurait fait perdre le bénéfice de l'image complète en se retrouvant uniquement avec le "flying spot". D'un autre côté, la rémanence ne devait pas être trop longue pour éviter un effet de traînage des mouvements à l'écran.

    Sur la droite, la caméra 441 lignes dont le tube de prise de vue (vraisemblablement un orthicon) avait son système optique légèrement modifié pour éviter les effets de moirage à l'écran.

    Apparemment cette conversion optique se faisait mieux en lumière ambiante que dans l'obscurité.

    La station 441 lignes émet en bande I (vidéo 42 MHz, audio 46 MHz) en polarisation verticale, mieux adaptée aux courbures du relief et donnant un peu plus de portée à l'émetteur. La RTF connaît d'ailleurs ses téléspectateurs les plus éloignés : en Normandie, à Auxerre, mais aussi à... Vichy. Des vendeurs de téléviseurs garantissent même une réception stable sans un rayon de 150 km autour de l'émetteur parisien !

    Pour le capter il faut de très grandes antennes en "I" (simple dipôle) ou en "H" (dipôle + réflecteur), très voisines de celles utilisées pour lar BBC à Londres (41,50 - 45 MHz), comme on peut le voir dans la partie gauche de l'illustration ci-dessous :




    Dans la nuit du 2 au 3 janvier 1956, après une journée et une longue soirée d'élections législatives en direct, l'émetteur 441 lignes s'embrase au sommet de la Tour :


    Document © Ouest-France

    Il devait s'arrêter 2 ans plus tard, aussi la RTF renonce à faire de coûteuses réparations pour un délai aussi court. On préfère indemniser les quelques centaines restantes de téléspectateurs concernés en leur attribuant diverses facilités pour remplacer leur poste devenu inutile, et les derniers "I" et "H" sont rapidement remplacés sur les toits parisiens par ces petites antennes 3 éléments au "trombone" caractéristique captant le 819 lignes en bande III que l'ont peut voir dans la partie droite de la photo ci-dessus. La polarisation horizontale est censée réduire les échos en milieu fortement urbanisé. C'est pourquoi les Etats-Unis et le Canada n'émettent qu'avec cette polarisation.

    Toutefois la bande I n'est pas abandonnée : cette même année 1956 voit la mise en service de l'émetteur 819 lignes de Caen Mt-Pinçon sur le canal 2 en polarisation horizontale, tandis qu'à l'Est une éphémère station "Télé-Saar" profite du statut encore incertain de la Sarre pour émettre en français sur ce même canal 2 depuis le bâtiment émetteur d'Europe 1. Au Sud, TMC fera aussi des essais sur le canal 2 en polarisation horizontale pour tenter d'agrandir un peu sa zone de diffusion, la portée en bande I étant supposée supérieure à celle de la bande III. La chaîne monégasque finira par abandonner, ses émissions créant des interférences avec l'Italie.

    A la Tour Eiffel, le 441 lignes utilise deux jeux d'antennes séparés : pour le son (de simples câbles tendus verticalement) et, pour l'image, des bandes métalliques également tendues verticalement plus bas, autour de la plateforme. Bien sûr ces antennes n'avaient aucun gain, ce qui justifiait la grande puissance de l'émetteur : 30 kW, donnant en 1939 à la Tour le statut d'émetteur TV le plus puissant du monde :


    Détail des antennes au sommet de la Tour Eiffel en 1949




    De haut en bas : l'antenne 'tourniquet" 819 lignes (audio + vidéo),
    les antennes audio puis les antennes vidéo du 441 lignes

    Document © INA


    Gros plan sur les antennes vidéo du 441 lignes
    Document © INA

    Le très intéressant film muet ci-dessous a été tourné le... 1er janvier 1956, deux jours avant l'incendie de l'émetteur ! C'est dire son caractère historique très particulier.

    On y voit d'abord les antennes 441 et 819 lignes et les relais hertziens mobiles sur la 3ème plateforme de la Tour, puis la préparation de l'émission de 13h en direct "Télé-Paris" de Roger Féral et Jacques Chabannes qui recevaient des personnalités du tout Paris. On reconnaîtra ici les comédiens Michel Simon, Françoise Rosay, Robert Manuel, Jacques Morel, Jeanne Sourza, Micheline Dax et Roger Pierre. Noter le "carton" de l'émission fixé devant l'objectif d'une caméra et le fonctionnement de celles-ci et de la régie :


    Document © INA
    Pour le télécharger: clic droit sur ce lien, choix "Enregistrer la cible..." (taille 24 Mo).
    Si le débit de votre connexion le permet, une version en HD 720p avec la luminosité
    améliorée est disponible ici (également téléchargeable par clic droit - Taille 220 Mo)


    Retrouvés dans sa précieuse collection de documents historiques, ces articles de la revue "Antennes" n° 31 et n° 60 de TDF transmis par kiki37. Le premier évoque les conditions particulières et les contraintes de diffusion liées à la Tour. Les suivants décrivent les équipements et la maintenance dans les années 80 :


    Document © TDF
    Collection kiki37




    Document © TDF
    Collection kiki37




    Document © TDF
    Collection kiki37
    Dernière modification par Colorix ; 18/01/2017 à 05h31.
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    Louis Marie Foratier

  3. #3
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    Antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : Lille Beffroi et Bouvigny

    C'est à Lille, premier émetteur régional mis en service le 25 avril 1950, que nous allons consacrer la première étape de ce Tour de France dans les régions.

    En attendant la construction, quelques années plus tard, d'un centre doté d'un mât d'émission de grande hauteur, c'est d'abord depuis l'Hôtel de Ville de Lille que la télévision a fait ses premiers pas dans le Nord de la France.



    Copie d'un article de 1950 affichée dans le Beffroi de Lille.
    Les deux cercles du plan correspondent aux prévisions de couverture de réception,
    le plus petit étant la zone prévue en 1950. En réalité, l'émetteur sera reçu beaucoup
    plus loin en France comme en Belgique, en particulier après 1956.


    Télé-Lille a d'abord émis en autonome, puis à partir de juillet 1951, en relais de Paris, depuis le Beffroi de l'Hôtel de Ville de Lille (voir ici et ici dans le fil de discussion de notre ami Cricri)

    A l'époque celui-ci n'est pas vieux, il a été conçu par l'architecte Emile Dubuisson et inauguré en 1932, moins de 20 ans plus tôt :


    Document © Delcampe.net


    Particulièrement visible au sommet, la parabole captant le relais de Paris :


    Document © Delcampe.net


    Document © Delcampe.net

    Haut d'un peu plus de 100 mètres (hauteur de certains émetteurs "classiques" en treillis métallique quelques années plus tard dans d'autres régions), il est reçu dans une bonne partie des départements du Nord et du Pas-de-Calais, et dans les régions frontalières de la Belgique toute proche grâce à des panneaux d'émission en bande III disposés sur la flèche au sommet. Le canal d'émission (8A) et la polarisation (horizontale) sont les mêmes qu'à la Tour Eiffel, dont la zone d'émission n'atteint pas directement celle du Beffroi. Il y a donc un risque réduit d'interférences, même en extrémité des deux zones de réception.



    En 1956, afin d'améliorer la réception dans les zones les plus éloignées des deux départements concernés, la RTF décide d'installer au sommet du beffroi un petit pylône sur lequel sont posés de nombreux panneaux d'antennes de grande puissance.





    Document © Delcampe.net


    Document © Delcampe.net

    L'esthétique du beffroi en souffre, mais le nouvel équipement apporte des surprises non négligeables : Télé-Lille est capté jusqu'à Gand et Bruges en Flandre, à Bruxelles mais on rapporte aussi des cas de réception jusque sur les hauteurs de Namur ou même Liège.
    La TV belge étant à peine naissante, la RTF bénéficie d'une audience belge fidèle et très importante : "Rysel" (Lille en flamand) propose même une émission en flamand le samedi après le programme de Paris.
    Dernière modification par Colorix ; 07/02/2017 à 02h37.

  4. #4
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    Télé-Lille : les débuts au Beffroi

    L'inauguration officielle de cette toute première station de télévision régionale remonte donc à 1950 : le ministre de l'Information de l'époque, Pierre-Henry Teitgen, était accompagné de toute la cohorte de "notables" de l'époque (vous remarquerez sur la première vidéo ci-dessous, les superbes moustaches d'un vieux monsieur et les chapeaux des dames).

    L'émetteur et les antennes provisoires étaient, nous l'avons vu, installés au sommet du Beffroi de l'Hôtel de Ville. Ces antennes avaient peu de rayonnement, mais permettaient quand même une réception correcte dans un rayon de 50 à 70 km alentours. Par la suite, un petit pylône sera installé tout au sommet du Beffroi pour accueillir des panneaux rayonnants à grande puissance permettant la réception dans une grande partie de la Belgique (jusqu'à Bruges, Gand et même Bruxelles).

    Dès le départ, c'est le même canal que celui de la Tour Eiffel qui avait été retenu, tout simplement parce que les premiers récepteurs 819 lignes, comme leurs aînés en 441 lignes, n'étaient pas encore équipés d'un "rotacteur" (sélecteurs de canaux), et les constructeurs et vendeurs de postes proposaient les mêmes appareils à Lille et à Paris.

    Quelques étages plus bas dans le Beffroi, tout le monde cohabitait tant bien que mal : petit studio et son personnel (cameraman, speakerine, journalistes, M. Météo, chansonniers et invités...), personnel de la régie (réalisateur, illustrateur sonore, etc) mais aussi de la baie de contrôle (techniciens audio et vidéo). Imaginez l'inconfort pour faire tenir tout ce petit monde !


    Le minuscule studio et son unique caméra
    accueillaient même la messe le dimanche dans le beffroi...

    Document © INA



    ... et le mobilier était le moins encombrant possible.
    Document © INA

    Le télécinéma était unique. Quand il fallait changer la bobine d'un film ou d'une émission "kinescopée" (enregistrée sur film) venant de Paris par le train (le faisceau hertzien ne sera établi qu'un an après), on improvisait un sketch ou une chanson pour faire attendre les téléspectateurs. La messe était dite sur un petit autel rangé dans un coin ensuite pour laisser la place à des chansonniers, etc. La mire elle-même était une photo sur un chevalet mobile devant l'unique caméra en service (on les voit dans le reportage). Le samedi soir, la station ira même jusqu'à proposer une émission en flamand pour les Belges qui n'auront leur propre télévision qu'en 1953, lors du Couronnement d'Elizabeth II.

    Bref, la Préhistoire de la télévision régionale, qui si vous avez l'occasion de visiter votre station régionale France 3 lors des Journées du Patrimoine, vous laissera rêveur sur l'incroyable évolution de la technique depuis 60 ans ! (à Nantes, devant le nombre incroyable de moniteurs, de baies de commandes etc, le tout dans une ambiance feutrée dans une semi-pénombre, j'avais l'impression d'être à bord d'un sous-marin nucléaire !)


    1) L'inauguration de Télé-Lille le 27 avril 1950 :



    Document © INA
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    2) La préparation du JT régional du 29 juin 1951 :
    (Noter la grande jeunesse de Jean Ruelle, le caméraman tout de blanc vêtu)


    Document © INA
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    3) La pose des antennes de grande puissance en janvier 1956

    Pour améliorer la réception dans l'ouest des départements du Nord et du Pas-de-Calais, mais aussi en Belgique, les anciennes antennes sont remplacées par des panneaux rayonnants de grande puissance installés sur un petit pylône érigé au sommet du Beffroi :


    Document © INA
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    4) Mai 1960 : la télévision quitte le Beffroi pour Bouvigny


    Le grand centre émetteur de Bouvigny remplace désormais le Beffroi, mais aussi le petit relais local du château d'eau d'Amiens-Coisy, grâce à deux gros émetteurs de 20 kW de puissance crête-image, l'un dirigé vers le Nord (canal 8A-H), l'autre vers le Sud (canal 11-V) pour arroser la Picardie. Un hélicoptère sert à démonter les antennes devenues inutiles au sommet du Beffroi après 10 ans de bons et loyaux services :


    Document © INA
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    Entre temps, la station de télévision avait déménagé en 1957 auprès de la radio régionale, dans les locaux de la R.T.F. boulevard de la Liberté :




    Elle y bénéficiait désormais d'installations spacieuses permettant l'utilisation de plusieurs caméras :


    La photo ci-dessus fait partie de la très intéressante page du blog lelensoisnormand.unblog.fr consacrée au "Magazine du Mineur" diffusé par Télé-Lille : n'hésitez pas à aller la visiter ici ainsi que les autres chapitres de ce site consacré à cette belle région du Nord.

    D'autres commentaires et photos sont également accessibles sur ces pages de l'intéressant forum TNT62 Nord-Pas de Calais à l'appui de ces mêmes vidéos que je leur ai fait partager :

    1) http://tnt62.xooit.fr/t6703-Inaugura...avril-1950.htm
    (l'inauguration du 27 avril 1950)

    2) http://tnt62.xooit.fr/t6784-Tele-Lil...-juin-1951.htm
    (les préparatifs du JT du 29 juin 1951)

    3) http://tnt62.xooit.fr/t8167-T-l-Lill...-puissance.htm
    (la pose d'antennes de grande puissance en 1956)

    4) http://tnt62.xooit.fr/t8168-T-l-Lill...r-Bouvigny.htm
    (la TV quitte le Beffroi pour Bouvigny en 1960)

    Vous y trouverez d'utiles informations et commentaires de membres de ce forum qui ont connu l'époque héroïque de "Télé-Lille" , mais aussi de la Télévision Belge durant leur enfance.
    Dernière modification par Colorix ; 07/02/2017 à 05h19.
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    Louis Marie Foratier

  5. #5
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    Le cas particulier de la Picardie

    En 1956 le Nord et le Pas-de-Calais sont donc en grande partie à la portée du Beffroi de Lille.

    En Picardie toutefois, le sud de la région capte Paris et le Nord reçoit Lille, mais Amiens et ses environs se plaignent d'être laissés de côté, seul un petit relais provisoire de 50 watts, installé sur le tout nouveau château d'eau de Coisy en juillet 1958, est reçu dans l'agglomération d'Amiens :


    Cliquer sur l'image ou sur le lien ci-dessous
    pour ouvrir la page
    Google Street View
    Le château d'eau de Coisy, construit en 1958 et aussitôt
    utilisé par la RTF jusqu'à la mise en service de l'émetteur
    de Bouvigny sur le même canal F11-V en décembre 1959.
    Modernisé, il est maintenant utilisé pour la téléphonie
    mobile avec un
    pylônet et surnommé "La Tour Bleue".
    Capture d'écran © Google Street View


    La RTF ne parvient pas à retenir un emplacement satisfaisant pour couvrir la Somme et l'Aisne, tandis que le site de Bouvigny-Boyeffles est choisi pour remplacer le beffroi de Lille.


    Document © Delcampe.fr et Modern Photo Sains (1960)



    Avec en cadeau une colorisation "maison" de la photo ci-dessus :



    Finalement, c'est ce même site inauguré en novembre 1959 qui hébergera, fait unique à la RTF, deux émetteurs 819 lignes bande III avec deux polarisations différentes : le canal 8A émettant en horizontal vers le Nord-Pas de Calais, et le canal 11 émettant en vertical vers la Somme et l'Aisne.
    (NB : jusqu'en 1956, la Tour Eiffel avait eu elle aussi deux émetteurs avec deux polarisations différentes, mais avec deux standards différents et sur deux bandes différentes : en 441 lignes en bande I à polarisation verticale, et en 819 lignes en bande III en polarisation horizontale) :



    Cliquer sur l'image ou
    ici pour afficher la carte en plus grande taille

    Document © Revue technique Le Haut-Parleur - 1961

    Quelques années plus tard, en 1964, Bouvigny sera le premier grand centre émetteur de province (une fois de plus !) à bénéficier de l'arrivée de la Deuxième chaîne de l'ORTF (Lyon l'ayant eu en même temps que Paris, mais seulement sur sa mini-Tour Eiffel de Fourvière, reçue seulement dans la ville et sa banlieue). Peut-être plusieurs facteurs ont-ils contribué à lui donner cette préférence : sa proximité de la Belgique déjà utilisatrice du 625 lignes flamand (en VHF certes, mais à polarité d'image positive et à porteuse audio en AM comme le 625 lignes français, et non pas en polarité négative et son FM), pour lequel de nombreux téléviseurs"ch'tis" multistandards étaient déjà en mesure de capter la nouvelle chaîne par simple adjonction d'un tuner et d'une antenne UHF. Mais, peut-être aussi, les compétences particulières du personnel technique lillois qui s'était illustré en juin 1953 en assurant le centre nodal et de répartition, avec conversion des images anglaises à 405 lignes du Couronnement, en images à 819 lignes vers Paris, et en 625 lignes vers la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne et le Danemark... une prouesse technique à l'époque.

    Haut de ses 300 mètres, Bouvigny fut donc le premier grand pylône français à être surmonté d'un cylindre d'une vingtaine de mètres contenant les antennes UHF diffusant la "Deux" sur une zone de réception moins grande qu'en VHF :


    Document © Télé 7 Jours 1964
    Dernière modification par Colorix ; 15/04/2017 à 01h34.
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    Louis Marie Foratier

  6. #6
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    Bouvigny-Boyeffles, surmonté de sa nouvelle antenne UHF en 1964 :


    Document © Delcampe.fr

    L'émetteur de Bouvigny sera complété, pour ses émissions en UHF, par des émetteurs "intercalaires" comme celui-ci, sur le Mont des Cats près de Dunkerque...


    Document © Delcampe.fr

    ... et au Mont-Lambert, près de Boulogne (qui complétait déjà la zone de réception de la "Une" sur le canal 4-V en bande I depuis septembre 1959), mais aussi à Maubeuge (Rousies), Valenciennes (Marly) et, pour le programme régional d'Amiens, à Hirson (Landouzy) et à Abbeville (Limeux).

    Tous ces émetteurs "intercalaires" sont uniquement équipés pour la radio FM et la TV en UHF. Leurs emplacements sont soigneusement choisis pour "coller" au mieux avec les limites administratives qui aboutiront un jour à nos actuelles régions, et pour lesquelles l'ORTF a mis progressivement en place des C.A.T. (Centres d'Actualités Télévisées) dont ces émetteurs assureront une couverture optimale, tandis que les grands centres VHF comme Bouvigny avaient eu pour objectif premier de couvrir un maximum de population avec la plus grande zone de réception possible.

    A la fin des années 80, la proximité de la Belgique, de l'Angleterre et des Pays-Bas a empêché Bouvigny d'accueillir des émetteurs pour la Cing et TV6 (puis M6), qui durent se contenter longtemps d'un émetteur local à Lambersart, limité à l'agglomération lilloise.

    Depuis, le passage au tout numérique a permis à la station de bénéficier du même nombre de chaînes que les autres grands centres émetteurs de province.

    Quant à la Picardie, elle possède ses propres émetteurs depuis 1969 à Saint-Just en Chaussée pour couvrir l'Oise et la Somme, à Limeux pour la région d'Abbeville, et, pour l'Aisne, à Hirson Landouzy mais aussi à Villers-Cotterets (Fleury) le tout premier émetteur UHF français à utiliser la polarisation verticale.

    Dans le prochain article, nous partirons pour l'Alsace dont le premier émetteur, provisoire, a fêté ses 60 ans le 30 septembre 2013. Bien que nous disposions de moins d'illustrations et de détails, nous découvrirons pourquoi la priorité a été donnée à cette région plutôt qu'à Lyon, initialement prévue pour le troisième émetteur français, mais qui dut attendre un an de plus pour bénéficier de la télévision.
    Dernière modification par Colorix ; 15/04/2017 à 01h08.
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    Louis Marie Foratier

  7. #7
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    Antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : l'Alsace a la priorité !

    Juin 1953 : panique dans les hautes sphères de la RTF !

    Alors que tout le monde s'est réjoui de la pleine réussite de la diffusion du Couronnement dans plusieurs pays ne partageant pas les mêmes normes techniques, une ombre au tableau vient souffler un vent d'inquiétude chez les dirigeants parisiens : les Alsaciens achètent des téléviseurs allemands ne fonctionnant qu'en 625 lignes au standard d'outre-Rhin, totalement incompatible avec le 819 lignes français !



    Cet article très "cocorico" de l'hebdomadaire catholique vendu dans les églises et ancêtre de
    "Télérama" défend maladroitement la R.T.F. face à la T.V. allemande.
    Cette dernière sera
    d'ailleurs présente à temps pour que les Alsaciens voient le couronnement d'Elizabeth II.



    Alors qu'à Paris, les vendeurs de téléviseurs se sont frottés les mains de satisfaction grâce au Couronnement, en vendant des milliers de postes ces derniers mois, on vient d'apprendre que certains de leurs collègues, à Strasbourg, en ont fait tout autant grâce à l'émetteur récemment installé près de Baden-Baden, et parfaitement reçu dans le Bas-Rhin !

    Les Strasbourgeois ont donc pu regarder le Couronnement, mais pas sur la Télévision Française, car celle-ci n'a aucun émetteur en service dans l'Est de la France. Et les programmes de l'ARD (Arbeitgeminschaft der öffentlichrechtlichen Rundfunkanstalten Deutschlands, "Communauté de travail des organismes officiels de Radiodiffusion d'Allemagne") sont, aussi, très attrayants : Hambourg, Berlin, Münich... tous les Länder se partagent successivement l'antenne nationale, apportant une grande variété dans la grille des programmes. Les postes allemands commencent à entrer dans les foyers alsaciens, et bientôt lorrains si la Sarre, bien que sous mandat français depuis la Libération, s'équipe elle aussi d'un émetteur relayant l'Allemagne...

    "Ils n'auront pas l'Alsace et la Lorraine !"... Ce véritable casus belli hérité de la défaite de 1870 ressurgit à l'état-major de la RTF. Le directeur technique n'en est-il pas le (déjà vieux) Général Leschi ?


    Inauguration de Télé-Lille : à gauche, le Général Leschi,
    Directeur Technique chargé du développement du réseau TV de la RTF


    Alors qu'on avait prévu de donner la priorité d'abord à Lyon, puis à Marseille , les deux agglomérations les plus importantes de province, la mise en chantier d'un émetteur de télévision provisoire à Strasbourg est lancée de toute urgence.

    Un vaste terrain est trouvé rue Lauth, qui accueillera une Maison de la Radio et de la Télévision, et l'émetteur de télévision provisoire. Même s'il n'est pas reçu dans tout le Bas-Rhin, il empêchera au moins l'hémorragie de continuer à attirer les Alsaciens vers l'influence allemande voisine. Car nous ne sommes qu'en 1953, les téléviseurs reçoivent, soit les 819 lignes français en son AM et avec polarité positive de la vidéo, soit le 625 lignes allemand (déjà adopté par les Pays-Bas et l'Italie) au son en FM avec polarité négative de la vidéo. Les téléviseurs multistandards sont rares et chers. C'est donc la guerre à l'audience sur fond de normes techniques ! Sus à l'envahisseur !

    L'émetteur alsacien avec sa tour autoporteuse d'une soixantaine de mètres de hauteur, est donc inauguré dès le mois d'octobre 1953, tout le monde a mis les bouchées doubles :


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    Colorix
    Louis Marie Foratier

  8. #8
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    Fonctionnant d'abord en autonome comme Lille, Strasbourg reçoit par train de Paris les émissions kinescopées (enregistrées sur film à partir d'un moniteur équipé d'un tube cathodique spécialement adapté), en particulier le journal télévisé de la veille. Il faut en effet laisser le temps aux PTT, alors seuls autorisés à tracer des "câbles hertziens", le temps de relier Paris à Strasbourg via de nombreuses tours relais :


    La tour de relais hertzien de Villers-Cotterets, assurant à la fois
    le relais de Paris vers Lille et vers Strasbourg. Noter
    les logements
    pour le personnel dans les étages inférieurs de la tour.
    Document © Delcampe.fr



    La tour hertzienne de La Hoube près de Dabo, dans les Vosges, entre Metz et Strasbourg.
    Document © Delcampe.fr



    Les équipements n'étant pas automatisés, les personnels logent tous
    sur place, ici à La Hoube dans un petit bâtiment
    au pied de la tour.
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    Colorix
    Louis Marie Foratier

  9. #9
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    Certains relais hertziens de moindre importance ne nécessitent pas une intervention
    humaine permanente, comme ici sur le Haut-Barr dominant Saverne, en Alsace.

    Document © Delcampe.fr

    Le 25 décembre 1953, la liaison hertzienne avec Strasbourg est mise en place avec, en prime, la possibilité d'envoyer des images d'Alsace vers Paris. Comme Lille, Strasbourg a le privilège de proposer des émissions régionales en complément au relais du programme national, y compris en dialecte alsacien.

    L'émetteur a une particularité technique notable : il émet sur le canal 5, en polarisation horizontale. Or ce canal 5 est "hors bande" : alors que les fréquences allouées à la télévision sont normalement comprises entre 175 et 230 MHz, le 819 lignes gourmand en fréquences (11,15 MHz de largeur de bande au lieu de 7 MHz pour les émetteurs 625 lignes !) a du recourir à deux astuces : la première, c'est le recours aux fréquences comprises entre 162 et 175 MHz, soit en gros la place pour un canal supplémentaire.
    L'autre astuce, ce sont les canaux "inversés", particularité essentiellement française, avec les canaux "impairs" en "infradyne" et les canaux "pairs" en "supradyne"...

    Pour le profane, ces termes barbares veulent tout simplement dire que pour une bande de fréquences à peu près identique, la porteuse vidéo est soit d'une fréquence inférieure ("infradyne"), soit supérieure ("supradyne") à la fréquence de la porteuse audio. En jouant aussi sur les polarisations d'antennes, on peut faire voisiner deux émetteurs ayant à peu près les mêmes fréquences, mais les porteuses son étant totalement à l'opposé l'une de l'autre, et les porteuses vidéo légèrement différentes, et la polarisation d'antenne étant un barrage efficace contre d'éventuelles interférences mutuelles, la réception, même dans les zones limites de réception commune, permettait de capter l'un ou l'autre des émetteurs sans trop de problèmes.

    Avec ses 164 MHz de fréquence vidéo, et ses 175,15 MHz de fréquence audio, le canal 5 de Strasbourg est donc en "infradyne". Un peu plus tard, le 31 juillet 1956, l'émetteur voisin de Metz-Luttange partagera la même bande de fréquences, mais sur le canal 6 "supradyne", avec la vidéo sur 173,40 MHz et l'audio sur 165,25 MHz. Tous deux seront pourtant en polarisation horizontale, mais, même lorsqu'en 1964 l'émetteur de Nordheim aura une portée plus grande, et donc une zone de réception commune à mi-chemin avec Luttange, apparemment le voisinage se passera sans trop de difficultés...

    Dominant la Maison de la Radio-Télévision, l'émetteur de la rue Lauth dans les années soixante...


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    ... et maintenant, vu depuis la rue Lauth :


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    Louis Marie Foratier

  10. #10
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    En 1964, afin d'améliorer la réception dans le nord du Bas-Rhin, le tout nouvel ORTF met en service un émetteur régional plus puissant et plus performant, grâce à un pylône de plus de 130 mètres sur les hauteurs de Nordheim, à l'ouest de Strasbourg. Nombreux sont ceux qui doivent alors réorienter leurs "râteaux" vers le nouvel émetteur :


    Document © structurae.info



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    Document © structurae.info

    L'arrivée prévue de la Deuxième chaîne pour le début de 1965 a sans doute contribué à ce choix. Avec son pylône trop petit et son emplacement peu élevé, l'émetteur de la rue Lauth ne pouvait donner des résultats satisfaisants pour une diffusion en UHF qui porte bien moins loin que la VHF. Dans le nord du Bas-Rhin, il faudra d'ailleurs installer un petit émetteur intercalaire à Wissembourg, au Col du Pigeonnier, pour améliorer la réception de la radio FM et de la TV en UHF :


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    L'ancien pylône rue Lauth sera néanmoins conservé pour les liaisons hertziennes entre la station régionale de la Place de Bordeaux et ses émetteurs, mais aussi avec Paris et avec l'Allemagne voisine.
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    Colorix
    Louis Marie Foratier

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